05 septembre 2008
On déménage
Nomade des blogs, j'ai encore changé d'adresse. La saison 2008-2009, ça commence ici.
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10 août 2008
Norwegian Wood
23:19 Publié dans Voyage | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
08 août 2008
La Chambre aux échos
Tagué par Big Blogger, je m'exécute. Il s'agit donc de prendre un livre, de l'ouvrir page 123 et de recopier les cinq lignes suivant les cinq premières.
culaire. Il s'habille et se lave tout seul, il s'entend bien avec les autres et
tient des discours sensés - le plus souvent. Comparé à ce qu'il était il y
a deux semaines, on le croirait normal. Sauf quand il se met à parler
de moi."
Elle conduisit la voiture au parking visiteurs, près de l'entrée. "Nous
Finalement, ce court extrait résume bien l'argument du plus récent roman de Richard Powers traduit en français, La Chambre aux échos, National Book Award 2007 aux Etats-Unis, et que je viens juste de finir. Après la sensation du Temps où nous chantions, la surprise est moindre, mais la lecture confirme la place prépondérante de l'auteur dans la littérature américaine contemporaine. Il explore cette fois-ci la question de l'identité, sur fond de vertige national post-11 septembre - mais juste suggéré par touches discrètes - et de progrès des neuro-sciences. Sens du suspens et écriture poétique se combinent de belle manière.
Comme les précédents ouvrages de Powers, c'est publié dans la collection Lot 49 du cherche midi.
Je passe le relais - l'écho, devrais-je dire - à Bladsurb (ça le maintiendra un peu actif en cette période maigre en concerts), Antoine d'Optimum (pour me venger de la précédente chaîne de tag), Authueil (parce qu'il n'aime pas ce genre de chaîne), Thomas du Croche-Pied (pour qu'il alimente un peu son propre blog) et Webknot (parce qu'il a quand même un blog hyper-classe).
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07 août 2008
Dear Old Stockholm
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29 juin 2008
Domaine privé John Zorn
Quelques impressions un peu en vrac sur la semaine zornienne à la Cité de la Musique et à Pleyel. Quatrième occasion, pour moi, de voir Zorn sur scène, mais la première dans un contexte non exclusivement masadien (après l'Electric Masada à Vienne en 2003, Masada au Châtelet en 2006 et les déclinaisons du Book of Angels à Barcelone en 2007).
Lundi 23 juin : Necrophiliac / Painkiller, Cité de la Musique
L'ascension commence par la face hardcore. Necrophiliac, c'est la réunion de Zorn au sax alto, Fred Frith à la guitare et Mike Patton à la voix, une configuration à ma connaissance inédite. Si l'entame est telle qu'on s'y attendait, violente, puissante et destructurée, la suite surprend un peu avec des éléments mélodiques qui surgissent ici ou là, des moments apaisés qui s'insinuent dans la décharge d'énergie générale. Un petit regret qui tient à la faible place laissée à Fred Frith par un Mike Patton assez envahissant. Un beau souvenir avec un passage de Zorn en respiration circulaire qui emmène son alto vers des sonorités de musique indienne (on pense à Kadri Gopalnath).
Painkiller, ensuite, fonctionne sur le même principe de l'improvisation hardcore, mais à l'avantage d'être un groupe régulier. La puissance de Mike Harris à la batterie et la lourdeur liquide de la basse dub de Bill Laswell forment un tapis mouvant sur lequel Zorn lance de grands jets d'alto rageur, mais pas que. La musique semble dériver, propulsée par la paire rythmique toute en cycles obsédant, oscillant entre tentations ambient et nécessité du cri de colère. Sur la fin du concert, Mike Patton puis Fred Frith rejoignent le groupe. C'est paradoxalement à ce moment là que Frith est le plus convaincant, comme si l'on assistait à la fusion de Painkiller et Massacre (où Frith et Laswell officient).
Mardi 24 juin : The Dreamers, Cité de la Musique
L'un des projets les plus récents de Zorn. Le disque vient juste de sortir. Il se présente comme un nouveau jalon dans la série de Music Romance, dans la continuité de The Gift. Une face beaucoup plus easy listening de prime abord, mais qui révèle d'incroyables richesses en concert. C'est pour moi la vraie bonne surprise de cette semaine. Le matériel thématique et mélodique est volontairement réduit, mais tout le reste abonde en bonnes choses. Le discours s'organise autour de multiples influences chères à Zorn (exotica, surf music, soul jazz des 60s, musique à la Morricone, etc.) tout en dégageant une belle unité. Les musiciens sont ceux de l'Electric Masada sans Ikue Mori, soit Jamie Saft aux claviers, Marc Ribot à la guitare, Kenny Wollesen au vibraphone, Trevor Dunn à la basse, Joey Baron à la batterie et Cyro Baptista aux percussions. Zorn ne joue du sax que pour un morceau, le reste du temps il joue de l'orchestre. La subtilité des arrangements, la complémentarité des sonorités instrumentales et les ruptures rythmiques donnent une dynamique de tous les instants à cette musique. D'une puissance obsédante ou se déployant tout en nuances, soyeuse ou acérée, sur tempo rapide ou lent, elle n'offre aucun temps mort et tient en haleine d'une manière assez exceptionnelle. Voir Zorn diriger cette musique avec signes de la main et regard décidé est un vrai plus, qui fait entendre les disques d'une manière différente ensuite. Très convaincant et très prenant.
Mercredi 25 juin : Essential Cinema feat. Electric Masada, Cité de la Musique
La soirée de mercredi proposait d'entendre quatre musiques écrites par Zorn pour des films expérimentaux, projetés en parallèle sur un grand écran déployé derrière les musiciens. Les membres de l'Electric Masada (les mêmes que la veille plus Ikue Mori) étaient présents sur scène. Le premier film, Rose Hobart de Joseph Cornell (1936/39), est un hommage à l'actrice Rose Hobart réalisé à partir d'images tirées d'East of Borneo, un film d'aventure exotique du début des années 30 dans lesquel l'actrice jouait. La musique évolue dans les mêmes eaux que la veille avec The Dreamers, soyeuse et exotique, soulignant tout à la fois le caractère factice de cet ailleurs et l'onirisme propre au montage des images. Le deuxième film, Aleph de Wallace Berman (1956/66), est un collage d'images peintes sur une bande 8mm qui défile à toute allure. Zorn y retrouve une rage digne de Naked City, pour un long cri au sax alto qui s'appuie juste sur la basse de Trevor Dunn et les deux batteries de Joey Baron et Kenny Wollesen. Une rythmique d'enfer qui s'accorde parfaitement avec la vision sous amphet' dégagée par le film. Le troisième film, Oz : The Tin Woodman's Dream d'Harry Smith (1967), se découpe en deux parties. Tout d'abord un film d'animation autour du magicien d'Oz où seul Ikue Mori au laptop intervient. Les sonorités électroniques minimalistes de la japonaise soulignent avec justesse l'univers visuel du film. La seconde partie du film est moins passionnante. Il s'agit d'un montage d'effets kaléidoscopiques accompagnés par les percussions de Cyro Baptista. C'est long et peu varié. Le dernier film, Ritual in Transfigured Time de Maya Deren (1946), aborde des thèmes que l'on sait cher à Zorn, la magie, le rêve, la danse, le mystère. La cinéaste d'origine ukrainienne a souvent été citée comme l'une des sources d'inspiration majeure de Zorn, aussi bien pour ses musiques de film que pour sa musique de chambre. Pour l'occasion Zorn a écrit une sorte de mini concerto pour le violoncelle d'Erik Friedlander accompagné par l'orchestre de chambre de l'Electric Masada. Très réussi.
Les traditionnels rappels se transforment peu à peu en deuxième partie de concert. Exit les films, les musiciens interprètent quatre titres issus du répertoire masadien. Un classique et indispensable Hath Arob, qui est toujours aussi impressionnant à voir en live avec Zorn qui organise littéralement le chaos. Mais aussi un plus récent Yezriel, ryhtmique rock puissante, qu'on peut entendre sur le volume 7 du Book of Angels par le trio de Marc Ribot. Ce bonus inattendu prouve une fois de plus que ce groupe est vraiment exceptionnel. Un pur moment de magie partagé par l'ensemble des spectateurs après coup.
Jeudi 26 juin : Masada Night, Salle Pleyel
Valse à trois temps autour du répertoire masadien. Le Masada String Trio (Mark Feldman au violon, Erik Friedlander au violoncelle et Greg Cohen à la basse), Bar Kokhba (les trois mêmes plus Marc Ribot à la guitare, Cyro Baptista aux percussions et Joey Baron à la batterie) puis le quartet originel (Zorn, Cohen, Baron et Dave Douglas à la trompette). J'avais eu l'occasion de voir les deux premières formations à Barcelone l'année dernière, et ce qui m'a frappé jeudi c'est l'évolution du son, par rapport à mes souvenirs mais aussi aux disques. Moins de jeu sur les contrastes et la liberté organisée. Une volonté plus affirmée de faire sonner le groupe comme un tout, d'aller vers quelque chose de plus fusionnel. La thématique juive m'a semblé également plus dilluée avec Bar Kokhba. Comme si après le premier songbook, celui de l'affirmation d'une identité, le second représentait quelque chose de plus ouvert sur les réalités multiples de la diaspora. Mais, au delà des différences, la qualité d'interprétation reste toujours aussi merveilleuse. Le quartet, quant à lui, est toujours, quinze après sa formation, au sommet de ce qui existe en jazz aujourd'hui. Plaisir immense de pouvoir les entendre dans les conditions d'écoute parfaites de Pleyel. La musique jaillit toujours avec une joie non feinte, se renouvelant sans cesse, évoluant de concert en concert. Une approche peut-être plus jazz que jamais même, moins centrée sur le répertoire que sur les interactions entre instruments, avec le silence, la salle, l'espace. En guise de second rappel et de cerise sur le gâteau, c'est Erik Friedlander qui se présente seul sur scène pour une variation autour d'un thème masadien.
Vendredi 27 juin : Magick, Cité de la Musique
La dernière soirée était consacrée aux musiques de chambre écrites par Zorn. Cinq pièces pour petit ensemble autour du thème de la magie. Tout d'abord, 777, un trio de violoncelles très bruitiste qui ne m'a pas laissé une grande impression. Puis, Gri-Gri, pièce pour treize tambours interprétée par William Winant, qui puise son inspiration dans la musique répétitive américaine et dans les rythmes du vaudou haïtien. De jolis passages mais qui s'épuisent sur la longueur. Sortilège, duo de clarinettes basses, joué par Michael Lowenstern et Anthony Burr était en revanche somptueux, très convaincant. On passe par tous les possibles de ces instruments, dans un art du zapping propre à l'écriture zornienne, mais avec, semble-t-il cette fois-ci, un but, un discours articulé, et surtout une science de la progression rythmique qui fascine. La pièce suivante, intitulée (fay çe que vouldras) en hommage à Rabelais, est elle aussi une belle réussite. Ecrite pour piano préparé, elle est magnifiquement habitée par Stephen Drury. Là aussi, l'écriture en cellules autonomes se fond dans un discours dramatique plus général, avec l'apparition de la mélodie, solennelle par moment, plus impressionniste à d'autres, qui tend à raccorder une écriture marquée par la musique américaine contemporaine aux inventions européennes du début du XXe siècle. Après l'entracte, la semaine s'achève sur Necronomicon, un quatuor à cordes très influencé par l'école de Vienne qui fonctionne sur un principe assez proche de la pièce pour piano, magnifiquement interprété par le Crowley Quartet (en hommage à Aleister Crowley, occultiste britannique du début du XXe siècle qui fascine Zorn).
Beaucoup d'excellents moments pendant toute cette semaine, mais le plus réjouissant reste la possibilité assez unique en dehors de New York d'avoir pu aborder le personnage par autant de facettes différentes. De quoi voir surtout comment elles se nourissent les unes les autres au-delà des distinctions apparentes. De beaux souvenirs en perspective.
Add : Bladsurb y était mardi, mercredi et jeudi, et ses billets complètent bien le mien.
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16 juin 2008
Esbjörn Svensson (1964-2008)
Le pianiste suédois est mort ce week-end des suites d'un accident de plongée près de Stockholm. Il n'avait que quarante-quatre ans. Son Esbjörn Svensson Trio, devenu célèbre sous le simple acronyme E.S.T., était l'un des groupes de jazz les plus populaires de ces dernières années, mêlant mélodies puissamment pop, rythmes à l'écoute des musiques électroniques, et sens narratif particulièrement évocateur. Son public dépassait largement le petit cercle des habitués. De quoi s'attirer, évidemment, quelques critiques (tous ces disques n'étaient pas également convaincants, il est vrai), mais tout en maintenant, me semble-t-il, un réel attrait auprès des jazzfans purs et durs. Je l'avais vu à la Cité de la Musique en 2003, et il m'en reste les images d'une ambiance de rockstar, adulé par un public conquis et démonstratif. Des mélodies accrocheuses étendues le long de morceaux aux variations rythmiques constantes, des montées en tension extactiques alternant avec des decrescendos sensibles. Une formule ? Sans doute un peu, mais aussi du plaisir simple, direct et contagieux.
Pour s'en convaincre, le tubesque Behind the Yashmak lors d'un concert à Juan-les-Pins en 2003, extrait de l'un des meilleurs disques du groupe à mon sens, Strange place for snow (Act, 2002). La fin abrupte, comme le refus d'un plaisir trop évident, n'est pas la moindre des réussites de ce morceau.
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15 juin 2008
Après le "non" irlandais
Faut-il vraiment continuer le processus de ratification dans les autres Etats membres ? En cas de victoire du "oui", le référendum irlandais aurait pu servir de relégitimation populaire des réformes institutionnelles issues de la Convention pour l'avenir de l'Europe. C'est pourquoi la victoire du "non" ne peut pas être analysée comme un vote isolé dans un pays alors que les vingt-six autres se prononceraient pour. Contrairement au rejet du Traité de Nice lors du premier référendum en 2001, le vote de cette fois-ci s'inscrit dans un cycle de réforme qui inclut les rejets français et néerlandais d'il y a trois ans. Il apparaît par conséquent difficile, politiquement, de justifier un nouveau vote en échange de quelques dérogations ou déclarations annexes au traité. Le vote irlandais impose plutôt de repenser le cycle issu de la conférence de Laeken, en observant qu'il a échoué (trois référendums négatifs), et en tentant d'envisager de nouvelles méthodes.
On peut bien entendu trouver des justifications locales au vote irlandais (débats sur la neutralité ou la fiscalité notamment, ralentissement économique, etc.), mais ce vote me semble avoir une portée plus large, plus européenne en quelques sortes. Son message est clairement : la réponse apportée aux "non" français et néerlandais n'est pas satisfaisante. Après un vote sur une constitution qui n'en était pas une, on a eu droit à un vote sur un mini-traité qui n'en était pas un. Ce manque de lisibilité sur l'objet même du vote - entretenu par les déclarations contradictoires des négociateurs du traité - n'aidait pas à un débat clair sur les enjeux réels du texte. L'impression que malgré les rejets d'il y a trois ans, les mêmes éléments avaient été repris dans ce nouveau traité ("le traité modificatif introduira dans les traités actuels, qui restent en vigueur, les innovations découlant des travaux de la CIG de 2004"), conduisait à donner l'impression que le message n'avait pas été entendu. Si une deuxième tentative pouvait à mon sens se justifier - avec un référendum irlandais qui avait par la même un rôle énorme de relégitimation face à la lâcheté des autres dirigeants européens - un entêtement cette fois-ci semble complètement contre-productif.
S'il y avait eu un nouveau référendum en France, j'aurais revoté favorablement, parce que je reste convaincu que les réformes institutionnelles issues de la Convention pour l'avenir de l'Europe permettraient d'améliorer le fonctionnement de l'UE, et parce qu'un vote positif et une ratification rapide du Traité de Lisbonne aurait permis de passer enfin à autre chose dans le débat européen. Mais pour cette raison même de la nécessité d'évacuer - au moins pour un temps - les questions institutionnelles, il me paraît important aujourd'hui de ne plus insister dans la même voie, de l'adoption coûte que coûte des réformes négociées entre 2002 et 2004.
Avant de relancer la machine à négocier des traités, il convient en fait sans doute de s'interroger sur la manière même de les négocier et de les adopter. La Convention, en associant parlementaires nationaux et européens et représentants des gouvernements nationaux et de la Commission, avait innové en rompant avec les habituelles CIG (même s'il avait fallu repasser par là avant adoption du Traité). Il faut s'appuyer sur cette innovation - issue d'une volonté de démocratisation par le haut de la construction européenne - pour imposer l'idée d'une association plus grande des citoyens à la définition des règles de l'UE : s'en emparer pour démocratiser, cette fois-ci par la base, cette étrange machine à produire des normes.
Comment y arriver ? En proposant, par exemple, un court texte sur les modalités d'élaboration et d'adoption des traités, avant même de connaître le contenu des futurs traités. Un discours de la méthode sur lequel se mettre d'accord, qui pourrait, dans l'idéal, être soumis à référendum en même temps que les prochaines élections européennes. Ce texte pourrait définir les acteurs des négociations (sur le mode de la Convention de 2002-2004 ou autre), les modalités d'adoption (référendum européen, ou nécessité de votes nationaux la même semaine) et les règles de majorité (qualifiée au 4/5 des Etats et à la majorité de la population par exemple). Cette idée, développée par François Brutsch sur le Swissroll, permettrait de connaître les Etats, et leurs citoyens, prêts à abandonner le système actuel de l'unanimité absolue et des négociations intergouvernementales. Pour les adeptes des thèses de l'avant-garde ou du noyau dur, cela me semble être la meilleure manière de réaliser l'idée.
(cross-posting sur Publius)
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