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16 juillet 2015

L'impasse sans le Grexit

L'agreekment de ce week-end peut se résumer en un simple constat : pour la crédibilité de la zone euro, l'éclatement de Syriza est préférable à celui de la CDU. Tout le reste n'est que littérature.

On pensait que le sujet à traiter était économique, alors qu'il n'était que politique.

Sur le premier plan, l'accord n'a rien de rationnel : on s'entête à poursuivre des méthodes qui ne marchent pas, enrobant les nécessaires mesures structurelles (dérégulations des professions protégées, recul de l'âge de départ à la retraite, accroissement de l'efficacité de l'administration dans la chasse à la corruption) de mesures récessives qui amputeront encore un peu plus la demande interne en appauvrissant la population. En évitant bien entendu d'aborder le sujet central de la restructuration de la dette.

Sur le second plan, en revanche, l'accord est absolument rationnel. Un bras de fer a été engagé par le gouvernement grec. Il a présumé de ses forces et de ses soutiens à la Table, et s'est auto-contraint par un référendum vide de sens. En posant comme principe l'impossibilité du Grexit, il n'y avait pas d'accord qui puisse être adopté sans faire tomber au moins un gouvernement - ou faire éclater une majorité parlementaire - en Europe (la fois précédente, en 2012, c'est le gouvernement slovaque qui avait sauté). La très large majorité a visiblement pensé qu'il fallait mieux déstabiliser la démocratie grecque plutôt que la démocratie allemande. Dans le cadre institutionnel actuel, c'est à n'en pas douter le raisonnement le plus rationnel qu'il soit.

Et tant que l'on restera dans ce cadre-là, il est fort à parier qu'on ne sortira pas de l'impasse - avec ou sans Grexit.

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28 juin 2015

L'impasse du Grexit

Ça y est, nous y sommes. Après des mois de vaines négociations, il semble ne plus y avoir d'alternative possible au détricotage de la zone euro. La vraie question est maintenant de savoir si cela peut être cantonné au seul cas grec, ou si nous entamons un processus plus long de déconstruction communautaire - poussé par les conservateurs britanniques et les différents partis financés par le Kremlin. Le seul point positif du Grexit est qu'il permet de mettre en avant les débats à trancher si l'on souhaite poursuivre l'aventure de l'UEM :

- le Grexit est d'abord le fruit du choc des souverainetés : mon peuple (référendum grec) contre le tien (vote nécessaire du Bundestag, entre autres). Contrairement à ce que les soutiens de Syriza veulent nous faire croire, ce n'est pas le combat de la démocratie contre la technostructure qui se joue ici, mais bien le choc des démocraties nationales autour de la gestion commune de la politique économique de la zone euro. Et c'est d'autant plus inextricable. L'absence d'instance de décision liée à la seule zone euro autre que la table du conseil des ministres conduit mécaniquement à l'impasse quand les intérêts politiques des participants ne sont plus alignés (la réélection de l'un passant par la politique opposée à la réélection de l'autre). La question des institutions (parlement de la zone euro, exécutif par delà les gouvernements nationaux) sera donc l'une des questions centrales à trancher pour les 18 États restants.

- le Grexit est aussi le fruit d'un entre deux qui a entretenu le flou sur la nature réelle du débat : était-on en présence d'un pays surendetté face à ces créanciers (ce fut la logique de départ avec l'appel au FMI en plus des institutions européennes et la restructuration massive de la dette privée) ou en présence d'un choc asymétrique au sein d'une zone monétaire (divergences des économies du Nord et du Sud de la zone euro encouragées par des taux d'intérêt insuffisamment différenciés dans les années 2000) ? A entretenir le flou entre ces deux débats, les négociations ont semblé ne pas tenir compte des véritables enjeux : comment rendre la dette grecque soutenable à long terme pour le pays ? comment créer les conditions d'une économie locale non gangrénée par la corruption, moins dépendante des importations, et permettant le financement de la protection sociale de la population ? Personne n'ayant aisément la réponse, le traitement de l'urgence (bien nécessaire évidemment) a semble-t-il occulté jusqu'au bout ces sujets.

- le Grexit rouvre le débat traditionnel de la science économique sur les zones monétaires optimales. Sans mobilité complète des facteurs de production et sans concordance des cycles économiques de l'ensemble des territoires couverts par la monnaie unique, il faut disposer de moyens financiers permettant de mener des politiques d'ajustements ciblés. On revient au débat qui a agité l'Union il y a quelques années : veut-on aller vers une Union de transferts (refusée par les Allemands jusque là), et donc vers un budget transnational de la zone euro (avec éventuellement l'émission d'euro-bonds) ? On revient au premier point soulevé plus haut sur la nécessité d'instances politiques propres pour gérer un tel budget. Bien entendu, une telle politique de péréquation n’exonèrera pas les États membres des réformes structurelles nécessaires pour éviter les phénomènes de passager clandestin. Le chantier est énorme pour trouver le juste équilibre (euro-bonds vs veto ex-ante sur les budgets nationaux ?), et les instances légitimes pour pouvoir faire passer de tels choix.

- le Grexit rappelle enfin qu'il y a une rupture ontologique entre l'extrême gauche et les sociaux-démocrates. La chute du communisme nous l'avait fait oublier. Le choix de rompre les négociations et de proposer unilatéralement un référendum sur une absence d'accord de la part du gouvernement grec nous le rappelle aujourd'hui. Ceux qui avaient parié sur le fait que Syriza n'était qu'un gouvernement de gauche classique juste un peu plus dur dans le verbe, appliquant la grille de lecture classique entre aile realo et aile fundi, n'auront pas vu venir la rupture pourtant inscrite dès le départ dans le choix des électeurs grecs (et le choix de Syriza d'une alliance avec ANEL plutôt qu'avec la gauche modérée). Tsipras retrouvera-t-il désormais les vieux réflexes de se tourner vers la Troisième Rome ? Le danger géopolitique qui guette n'est pas le moindre des soucis qui attendent l'Europe dans l'avenir. Là aussi, le débat sur les relations de l'UE et de la Russie nécessitera courage et clarification.

Un pessimiste est un optimiste lucide, dit-on. Nous restera-t-il seulement suffisamment de lucidité pour poser les questions - à défaut d'y répondre ? Si l'on souhaite que le Grexit ne soit pas qu'une impasse pour l'ensemble de la zone euro, il faudra bien pourtant débattre de ces quatre questions fondamentales : quelles institutions suffisamment légitimes pour arbitrer les différends entre États ? quelle politique budgétaire au service de la production et non des seuls équilibres comptables ? quelles règles de solidarité financière pour lutter contre les chocs asymétriques ? quelles relations avec le grand voisin pourvoyeur aussi bien d'énergie que de déstabilisation politique ?

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01 mai 2012

Cohérences et contraintes

Il y a cinq ans jour pour jour, entre les deux tours de la précédente élection présidentielle, j'écrivais un billet intitulé Cohérences qui cherchait à dresser le portrait idéologique des deux candidats d'alors. Etonnamment, ce que je disais de Nicolas Sarkozy s'applique encore parfaitement à sa campagne de 2012. Comme si - ce dont je doutais à demi-mots il y a cinq ans - il y avait bel et bien une cohérence idéologique qui animait le candidat de l'UMP. Pourtant, malgré cette constance dans le discours, mes doutes ne se sont pas envolés. J'y vois surtout le reflet de la cohérence de ses principaux conseillers (Guaino et Buisson en tête) plus que la sienne. Le souvenir de son discours plus libéral et plus modernisateur des années 2002-2004, quand il évoquait discrimination positive, abolition de la double peine, structuration de l'expression institutionnelle musulmane en France et - oui - droit de vote des étrangers aux élections locales, est sans doute encore trop présent à mon esprit. Mais, reconnaissons que la constance dans le choix de ses conseillers - si elle n'a pas l'heur de me plaire - lui permet de ne pas paraître aussi zigzaguant que la caricature qu'on en fait souvent.

Face à lui, François Hollande a pris le relais de Ségolène Royal. S'il y a des éléments communs dans les discours des deux candidats socialistes, il n'est pas aussi facile qu'il y a cinq ans de dresser un portrait idéologique du prétendant de gauche. Non que François Hollande ne fasse pas preuve de constance - son discours de campagne est le même depuis des mois - mais plutôt qu'il soit le plus souvent dans une expression technique - technocratique diront certains - plus que proprement politique. Difficile de rattacher François Hollande a un courant un minimum structuré idéologiquement, héritier d'une des multiples formes du socialisme français. Pas aussi ouvertement social-chrétien que son ex-compagne, ne se réclamant pas particulièrement de la deuxième gauche, bien loin du jacobinisme excessif de la première, il semble attacher à demeurer un "transcourant" comme on disait dans les années 80. Peut-être que les conditions de la victoire - qui semble inéluctable - sont à ce prix. J'y vois surtout l'expression d'un changement de génération à la tête de la gauche, certes effectif depuis dix ans et le retrait de Lionel Jospin, mais qui n'en est que plus aigu alors que l'alternance se profile. François Hollande sera ainsi le premier gouvernant socialiste à avoir accompli tout son parcours politique au sein d'une gauche de gouvernement, alors que la culture politique de ses prédécesseurs s'était - au moins en partie - forgée au sein d'une gauche d'opposition.

Fait inédit, François Hollande pourraît se retrouver à la tête d'un Etat où le Parti Socialiste et ses alliés contrôleraient presque tous les pouvoirs politiques : Elysée, gouvernement, Assemblée Nationale, Sénat, une très large majorité des régions, et une majorité de départements et de grandes villes. On se croirait presque revenu au temps du gaullisme triomphant. Et pourtant, impossible de mener une politique aussi profondément transformatrice de la société et de l'économie françaises que le Général. Le contexte a changé, et détenir tous les pouvoirs politiques nationaux ce n'est que détenir une - petite - partie du pouvoir. Plus que l'effet de le crise de ces dernières années, c'est l'analyse de cette situation paradoxale qui semble structurer le discours de François Hollande. Il a ainsi habilement réussi à ne pas soulever un espoir de changement de société, se contentant de promettre un changement de locataire à l'Elysée, sans provoquer au final de tranferts massifs de voix vers une gauche plus romantique.

Depuis quasiment quarante ans - et la fin du gaullisme - la France a subi, ou participé, à deux transformations majeures. Tout d'abord le reflux mondial de ce que Karl Polanyi avait qualifié de "Grande Transformation" (la mort du libéralisme économique et le renforcement constant du rôle de l'Etat au cours du XXe siècle). Depuis les années 70 et la fin de l'élan reconstructeur des Trente Glorieuses piloté par la puissance publique, on a assisté à un retour des idées libérales dans toutes leurs dimensions : dérégulations économiques et culturelles, décentralisation de l'action publique, baisse de la pression fiscale et de sa progressivité, financement croissant des entreprises et de l'Etat sur les marchés. L'autre évolution, peut-être moins souvent mise en avant sous cet angle, ce n'est pas la construction européenne en tant que telle, mais son "intergouvernementalisation" progressive. Conçue à l'origine selon une approche communautaire cherchant à créer des solidarités de fait pour déboucher à terme sur une organisation fédérale, elle a profondément changer de nature avec la création du Conseil européen sous l'impulsion de Valéry Giscard d'Estaing. Ironie de l'histoire, ce que les gaullistes - réputés hostiles à toute fédéralisation - n'avaient pas réussi à obenir malgré les gesticulations de la chaise vide, c'est le premier président non-gaulliste de la Ve - pourtant réputé "pro"-européen - qui l'imposera. Et pour prouver qu'il a de la suite dans les idées, VGE fera institutionnaliser le Conseil européen par les travaux de la Convention ayant préparé feu la constitution européenne et abouti au Traité de Lisbonne (lire à ce sujet l'intéressant ouvrage de Luuk van Middelaar, philosophe néerlandais et plume d'Herman Van Rompuy, Le passage à l'Europe, paru en début d'année).

Ces évolutions conduisent aujourd'hui le Président de la République, et le gouvernement, à devoir conduire leur action dans un environnement sous contraintes : contraintes financières vu le poids de la dette publique ; contraintes institutionnelles avec la nécessité de siéger à "la Table" et de n'être qu'une des parties prenantes à la décision.

On sent aujourd'hui dans le discours des deux candidats un trouble face à cette situation. Se mêlent en effet à la fois dans leurs discours respectifs une vraie prise en compte de ces contraintes et la tentation de revenir sur certaines de ces évolutions. Le discours de Sarkozy oscille ainsi entre sérieux budgétaire et réduction de la dépense publique d'une part, et protectionnisme illusoire - économique, migratoire et même désormais culturel - de l'autre. François Hollande articule lui son discours autour de trois thèmes : maîtrise (et non réduction) des dépenses publiques, retour à la progressivité de l'impôt, et bras de fer européen sur des initiatives de relance. Moins tranchant, par prudence naturelle ou par stratégie électorale, que son concurrent, la voie reste néanmoins étroite pour le probable prochain locataire de l'Elysée. Même si, dans les faits, ses quatre revendications européennes (accroissement des fonds propres de la BEI, mise en place de projects bonds, mobilisation des fonds structurels votés mais non utilisés vers le financement d'infrastructures, et taxe sur les transactions financières pour accroître les capacités de financement européennes) sont loin d'être des lignes rouges pour la plupart des gouvernements et des institutions communautaires.

Ce trouble n'est pas juste une nostalgie pour des temps plus faciles et plus favorables à la toute puissance publique. Il est aussi le reflet de l'état de la société française. Comment baisser la dépense publique sans abandonner des territoires entiers ? J'imagine volontiers le casse-tête d'un Nicolas Sarkozy président quand il abandonne ses habits de candidat. Les cartes électorales "en archipel" du vote Le Pen doivent donner des sueurs froides à tout responsable politique. Car derrière la menace politique se dresse une menace sociale bien plus dangereuse à long terme. Comment ne pas se laisser enfermer dans le piège mortifère de l'austérité et de la décroissance sans déclencher un durcicement des condititions d'emprunt de la France et abandonner ce qu'il reste de souveraineté à nos créanciers ? J'imagine là aussi les angoisses d'un François Hollande nouvellement élu, devant marcher sur des oeufs alors que chacune de ses déclarations pourra être sur-interprétée.

Dans ce monde du trouble et de la contrainte, que choisir finalement ? Un gouvernement d'apaisement promis par François Hollande est sans doute une solution nécessaire à court terme. Le renforcement de la progressivité de l'impôt et une politique de relance au niveau européen (qui, sans doute, s'articulera au final autour d'un compromis entre les positions néo-keynesiennes de la France et une flexibilité accrue de marchés encore trop réglementés créant des barrières sociales infranchissables entre insiders et outsiders), pour peu qu'ils complètent une véritable réflexion sur le niveau et l'efficacité de la dépense publique, forment certes une voie étroite, mais qu'il me semble devoir être empruntée. A plus long terme, l'évolution des sociétés européennes ne cesse d'interroger et d'inquiéter et aucune solution crédible n'a encore vu le jour dans l'offre politique. Combien de temps les digues tiendront-elles encore ?

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12 mars 2012

La gauche d'après

La gauche triomphe à Bratislava alors qu'elle a disparu de la circulation à Varsovie et Budapest. Que s'est-il passé ?

Le Smer-SD (Direction Social-Démocratie) de Robert Fico a très nettement remporté les élections législatives slovaques ce samedi 10 mars. Avec 44.4% des suffrages il obtient 83 des 150 sièges du parlement monocaméral, soit la majorité absolue à lui tout seul. Même Meciar au faît de sa gloire, quand la question nationale était centrale, n'avait pas atteint un score aussi élevé (37.3% en 1992, 35% en 1994). Fico, premier ministre de 2006 à 2010, devrait retrouver la tête du gouvernement, sans avoir besoin cette fois-ci de s'appuyer sur les forces illibérales du LS-HZDS (le parti de Meciar, relegué aux oubliettes avec moins de 1% des voix) et du SNS (le parti d'extrême droite qui n'atteint pas, lui, la barre des 5% et quitte donc la représentation nationale) contrairement à sa première expérience. Axée autour d'une profession de foi pro-européenne et du besoin de retrouver la progressivité de l'impôt (suppression de la flat tax), la campagne du Smer-SD a été beaucoup plus modérée et policée qu'il y a quelques années. Il faut dire que la victoire était assurée, les partis de la coalition de droite sortante étant non seulement divisés, notamment sur la question européenne qui a fait chuter le gouvernement d'Iveta Radicova, mais surtout empêtrés dans le scandale de corruption "Gorila".

Au-delà du contexte propre à l'élection de cette année, le score réalisé par les sociaux-démocrates slovaques interroge tout de même dans le cadre plus général de l'évolution des scènes politiques des pays d'Europe centrale. En effet, si on se concentre sur une analyse croisée des quatre pays du groupe de Visegrad (Pologne, République Tchèque, Slovaquie et Hongrie), la Slovaquie semble, à première vue, se distinguer des autres avec ce résultat. Les conservateurs règnent à Prague, Varsovie et Budapest. Avec même une opposition social-démocrate réduite au quasi-néant en Pologne et en Hongrie. Les élections d'octobre dernier en Pologne ont vu le parti social-démocrate arriver 5e avec seulement 8.2% des voix. Dans une vie politique beaucoup plus resserrée, la performance du parti socialiste hongrois aux dernières législatives (2010) n'est pas plus glorieuse avec 19.3%. D'autant plus que, depuis l'élection, et malgré tout ce qu'il y aurait à redire à la politique menée par Orban, la gauche hongroise est entrée dans une phase de scissions en chaîne qui ne laisse pas aujourd’hui entrevoir la perspective d'un retour aux affaires à court terme.

Même si elle est actuellement dans l'opposition, la gauche tchèque semble néanmoins plus en forme que ses consœurs. Il faut dire que le parti social-démocrate tchèque a une nature fondamentalement différente de celle des autres gauches centreuropéennes. En République Tchèque, au sortir du communisme, le parti communiste ne s'est pas réformé. Alors qu'à Budapest, Varsovie et Bratislava le recyclage social-démocrate de la nomenklatura semblait faire partie du "deal", à Prague c'est le vieux parti social-démocrate d'avant guerre qui est réapparu à la surface, à côté de communistes restés plus orthodoxes qu'ailleurs. Héritage d'une histoire sociale et politique de la Bohème-Moravie intégrée beaucoup plus tôt que les autres dans la société industrielle et démocratique. Déjà sous les Habsbourgs (le parti social-démocrate est d'ailleurs né en 1893), le royaume de Bohême était la région la plus développée de l'empire. Après la première guerre mondiale, quand la Pologne et la Hongrie se démenaient avec des régimes plus ou moins autoritaires, la Tchécoslovaquie portait Thomas Masaryk a sa tête. De quoi créer les conditions d'un retour à la démocratie finalement peut-être plus soutenable à la longue, contrairement à ce qu'on pouvait penser au début de la transition.

En effet, dans l'immédiat post-1989, la Hongrie (ex-dictature molle, ex-socialisme du goulasch, ex-baraque la plus gaie du camp socialiste) et la Pologne (avec sa société civile ressuscitée par un évêque de Cracovie et un électricien de Gdansk) paraissaient bien plus en phase avec le nouvel air du temps qu'une Tchécoslovaquie encore très stalinienne. A Budapest et Varsovie, on parlait Table Ronde et transition négociée (la table était plutôt carrée à Budapest en fait, ce qui n'est d'ailleurs pas complètement étranger à la situation politique actuelle du pays, j'y reviendrai dans une prochaine note), alors que les Tchécoslovaques se drapaient de velours pour faire la révolution. Et pourtant, aujourd'hui, les difficultés des gauches hongroises et polonaises sont sans doute en grande partie liées à cette transition trop négociée. A la fois recyclage de figures de la nomenklatura et fer de lance des grandes réformes libérales sur la voie de l'Europe et de l'économie de marché (quand les droites conservatrices, dans ces pays, sont souvent moins libérales que les gauches), les nouvelles forces social-démocrates sont apparues, une fois leur rôle historique d'accompagnement du retour à l'Europe achevé, comme constituées d'opportunistes prêts à tenir tous les discours pour conserver le pouvoir. Leurs échecs récents sont les signes les plus évidents de la fin de la transition. Plus encore que l'épuisement des forces politiques directement issues de la dissidence, arrivé plus tôt - une tension entre politique et anti-politique dure à maintenir sur le long terme sans doute.

Cette fin de la transition se manifeste également à travers le retour en force de la sociologie et de la géographie électorales dans les pays du groupe de Visegrad. Partout, depuis l'adhésion à l'UE, on observe un écart politique croissant entre les régions qui bénéficient du nouvel ordre économique et celles qui regroupent les laissés pour compte. En République Tchèque, la Bohême vote à droite et la Moravie à gauche. En Pologne, l'Ouest et Varsovie votent pour les libéraux de la Plateforme Civique quand l'Est préfère le conservatisme étatiste de Droit et Justice. En Hongrie, la vieille opposition entre une capitale libérale et des campagnes conservatrices reste une constante qu'a parfaitement su exploiter Viktor Orban pour transformer en profondeur la Fidesz des origines en grand parti de la droite conservatrice. En Slovaquie, enfin, l'Ouest du pays, à proximité de Bratislava, a vu arriver en masse les investissements étrangers quand l'Est est resté plus en marge. La victoire de Fico part de cet Est délaissé.

Robert Fico a également réussi là où, pour le moment, les gauches hongroises et polonaises ont échoué. Il a su refonder complètement la social-démocratie slovaque en abandonnant le discours très "fin de l'histoire" propre à la période de transition. En effectuant un "retour au peuple" (on le voit d'ailleurs régulièrement taxé de populisme dans la presse occidentale), il a tenu compte de la transformation des sociétés centreuropéennes, réintégrant la sociologie électorale dans les disciplines nécessaires à la conquête du pouvoir. Fondé en 1999, Smer fut d'abord une scission du SDL, le parti post-communiste social-démocratisé. Plus performant électoralement, car plus en phase avec la réalité sociale slovaque des années 2000, il a fini par absorbé son ex-parti frère en 2005 ainsi que le petit parti social-démocrate ressuscité par Dubcek en 1990 sur le modèle de ce qui se faisait à Prague au même moment (c'était encore le même pays). Devenu l'unique parti de gauche gouvernementale, il récolte aujourd'hui les fruits d'une refondation réussie. Son modèle permettra-t-il aux gauches polonaise et hongroise de revenir dans le jeu ?

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27 novembre 2007

Mémoires d'Est, mémoires d'Ouest

Passionnant Café européen hier soir à l'Ambassade d'Estonie organisé par Nouvelle Europe. Comme chaque mois, le café faisait suite à la parution d'un dossier sur le site de l'association. Pour cette édition de novembre, le thème, fortement d'actualité d'un bout à l'autre du continent, en était les politiques de la mémoire. Trois intervenants, parfaitement complémentaires, se partageaient les interventions : Georges Mink, politologue d'origine polonaise et spécialiste de ces questions, Marek Tamm, historien estonien, et Brice Couturier, animateur du Grain à moudre sur France Cul. Du fait des intervenants et des sujets de prédilection de l'association, l'Est du continent était plus particulièrement mis à l'honneur. Il y aura certainement très prochainement un résumé complet des débats sur Nouvelle Europe, mais en voici - en avant première ! - quelques points marquants relevés un peu en vrac (il faudra que je pense à prendre des notes la prochaine fois).

Brice Couturier, s'appuyant sur quelques citations extraites de Danube de Claudio Magris (acheté hier soir en rentrant, merci Price Minister), a tout d'abord insisté sur une perception différente du déroulement du temps historique entre l'Est et l'Ouest du continent. Les identités nationales de l'Ouest du continent sont construites sur des mémoires collectives de vainqueurs : s'y est développée une vision hégélienne de l'histoire, perçue comme lieu du dévoilement de la vérité. A l'Est, au contraire, les identités nationales se sont le plus souvent fondées sur des mémoires de peuples vaincus, victimes des aléas de l'histoire et de la décomposition des grands empires. La notion de vérité historique est beaucoup moins prégnante, laissant place à l'ironie, au scepticisme et à la pluralité des réalités.

Vient s'ajouter à cette situation de départ un vécu très différent de la seconde guerre mondiale. A l'Ouest, de par sa brièveté (relative), elle apparaît dans l'inconscient collectif comme une parenthèse dans un déroulement progressif - et progressiste - du temps historique. Même en Allemagne, un discours de la libération et du retour à la normal s'est ainsi développé. A l'Est, en revanche, la fin de la seconde guerre mondiale est synonyme d'une nouvelle défaite, et d'une nouvelle occupation. Marek Tamm faisait d'ailleurs remarquer que pour beaucoup d'Estoniens, la seconde guerre mondiale ne s'était en fait achevée qu'en 1991. La représentation du temps qui en découle en est donc particulièrement différente.

A la question de savoir pourquoi il n'y avait pas eu d'équivalent des commissions Vérité et Réconciliation dans l'Europe post-communiste, Georges Mink a apporté des réponses instructives. Il a tout d'abord insisté sur le rôle des archives, très largement absentes en Afrique du Sud ou dans les ex-dictatures latino-américaines, alors qu'elles restent, même partielles, bien documentées en Europe de l'Est. Cette existence de preuves est un frein à un travail d'aveu et de pardon, et ôte la possibilité d'un traitement plus ou moins psychanalytique de la mémoire collective des crimes communistes. Parallèlement, il a évoqué un point sur lequel je reviens assez souvent dans l'analyse des scènes politiques post-communistes : le rôle de la sortie, plus ou moins négociée selon les pays, du communisme. Dans le cas polonais, la Table Ronde a débouché sur la politique du gros trait de Mazowiecki. Les dissidents acceptaient le recyclage social-démocrate de la Nomenklatura pour sortir de manière apaisée du communisme. Cette politique explique d'ailleurs aujourd'hui l'utilisation faite par la droite polonaise, des frères Kaczynski mais aussi en grande partie de la Plateforme Civique de Donald Tusk, de la question de la mémoire de la période communiste : il s'agit d'utiliser politiquement le sujet pour s'attirer les votes de ceux qui se perçoivent comme les perdants - économiques ou idéologiques - de la transition. Marek Taam a lui évoqué le caractère en partie international de cette mémoire, avec l'aspect des relations à la Russie et l'absence de possibilité d'un dialogue avec l'ex-grand frère, faute de véritable travail parallèle sur le sujet en Russie.

S'appuyant sur un livre dont je n'ai pas retenu l'auteur (mais il s'agit sans doute de celui-ci ; perdu, il s'agissait de celui-là ; merci Aymeric pour la précision), Brice Couturier a par ailleurs insisté sur la substitution post-moderne de la victime au héros, qui s'est d'abord déroulée en Occident et qui gagne progressivement les débats identitaires en Europe orientale. Ce phénomène tend a encourager une concurrence mémorielle, notamment avec la mémoire juive, sur le thème de "chacun sa Shoah". Source de crispation identitaire - et d'antisémitisme - un peu partout sur le continent européen (comment interpréter autrement la dérive de Dieudonné au passage ?).

Georges Mink a lui évoqué l'utilisation politique de l'externalisation de la mémoire - son transfert sur la scène diplomatique européenne et mondiale - et ses limites. Il a pris l'exemple du gouvernement hongrois qui avait organisé de nombreuses commémorations de l'insurrection de 1956 à l'étranger pour essayer de gagner en visibilité sur la scène européenne et mondiale, mais qui avait dû faire face en retour à une récupération intérieure du sujet par l'opposition de droite. Il a aussi évoqué l'utilisation comme argument de marchandage et de concession du sujet par le gouvernement polonais de Jaroslaw Kaczynski au niveau européen, manière de souder le peuple polonais - par l'agitation de symboles évocateurs forts - derrière leurs objectifs beaucoup plus politiques lors de négociations au niveau européen. Il a en revanche nuancé l'utilisation de cet argument dans le cadre des relations russo-polonaises, de fait beaucoup plus marquées par la question énergétique.

Enfin, Brice Couturier a rapporté une anecdote amusante - et aussi un peu glaçante - à propos d'Alain Lamassoure. Lors d'un colloque auquel ils participaient tous les deux, il avait entendu Lamassoure répondre à un collègue polonais qu'en entrant dans l'UE son pays devait "oublier son histoire et sa géographie". L'animateur de France Culture concluait que c'était sans doute l'un des enjeux majeurs de l'entrée des pays post-communistes dans l'UE : l'impossibilité, désormais, d'échapper à cette question de la mémoire, et donc la fin d'une vision purement constructiviste, tournée vers le futur et blanche de tout passé, de l'UE. Il s'en réjouissait, ce avec quoi on ne peut être que d'accord.

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A lire en complément, outre le dossier de Nouvelle Europe naturellement, un article de Georges Mink paru sur Telos il y a quelques mois (et en version un peu plus développée dans Le Monde). 

22:20 Publié dans Europe | Lien permanent | Commentaires (7)

28 octobre 2007

Consolidation

Les libéraux de la Plateforme Civique (PO) ont donc remporté les élections législatives polonaises dimanche dernier. Donald Tusk devrait devenir prochainement le treizième Premier Ministre polonais depuis 1989 à la tête d'une coalition regroupant PO et le Parti Paysan PSL. Treizième Premier Ministre et vingt-et-unième cabinet : des chiffres qui donnent une idée de l'instabilité de la vie politique polonaise. Mais, si la trajectoire est perturbée, ces élections pourraient bien marquer le début d'une consolidation partisane de la démocratie polonaise.

PiS, le parti des frères Kaczynski, a certes perdu les élections et le pouvoir (même si Lech reste Président), mais à y regarder de plus près, la défaite n'est peut-être pas si terrible. PiS a en effet réussi son pari de marginaliser ses associés-concurrents de coalition, Samoobrona et la LPR (respectivement 1.53 et 1.30% des voix). En s'imposant comme le seul véritable parti conservateur et étatiste, et surtout comme premier parti d'opposition, avec même un gain de plus d'un million de voix par rapport à 2005, PiS devient le recours naturel pour les électeurs en cas de désir d'alternance. Pour un parti créé en 2001, la performance n'est pas maigre.

PO a lui aussi été créé en 2001. Voir ces deux partis se partager aujourd'hui plus de 73% des voix exprimées en dit long sur l'ampleur de la recomposition du paysage politique polonais ces dernières années. Les leaders de ces partis ne sont certes pas de nouveaux venus, mais en polarisant le choix des électeurs autour de leurs positions respectives, ils ont profondément réorienter les termes du débat, comme esquissé dans ma note précédente. Un conservatisme social, attaché à retisser, grâce à l'appareil d'Etat, des solidarités mises à mal par la période de transition côté PiS. Un conservatisme libéral, pronant le désinvestissement de l'Etat dans la sphère économique côté PO. Des différences fondamentales, mais aussi des points communs : deux conservatismes, qui étaient par exemple en accord sur les récentes lois de lustration du gouvernement Kaczynski.

Si PO l'a emporté assez largement, ce n'est toutefois pas uniquement par adhésion à son programme axé sur les privatisations et les réductions d'impôts, mais aussi par rejet du PiS qui en l'espace de deux ans aura fortement polarisé le débat public. Un phénomène de "vote utile" a donc joué, qui explique en partie la faiblesse du résultat de la coalition de centre gauche LiD (13.15% des voix). La gauche a, de plus, du mal à trouver une place dans un débat structuré par l'opposition entre PO et PiS. Allier réformes et cohésion sociale, comme elle le propose, apparaît comme une synthèse peu crédible quand tout semble sommer les Polonais de choisir entre les deux options.

Dans cette perspective, il sera particulièrement intéressant de suivre les attitudes respectives des deux blocs d'opposition. LiD, pour le moment simple coalition électorale regroupant quatre partis (le Parti Démocrate de Geremek, le SLD post-communiste de Kwasniewski, et deux petits partis de gauche, le SDPL et l'UL), s'organisera-t-il en un nouveau parti capable d'offrir une alternative autre que PiS au pouvoir en place ? Quel discours devra-t-il tenir pour cela ? Comment ne pas apparaître comme une force du passé, héritée du partage du pouvoir entre post-communistes et post-dissidents, quand PO et PiS sont des partis plus récents et plus en phase avec la nouvelle sociologie électorale née de la transition ? De son côté PiS se trouve à la tête d'un socle électoral solide (entre 4 et 5 millions d'électeurs) mais qui semble difficilement majoritaire seul (d'où les difficultés de la récente législature). Après avoir quasiment éliminer toute concurrence sur le terrain social-conservateur, les dirigeants du parti tendront-ils à un recentrage pour conquérir de nouveaux électeurs ?

Avec seulement quatre blocs représentés à la Diète (plus un représentant des minorités allemandes), la démocratie polonaise semble se consolider autour d'une structure partisane plus stable. Un clivage structurant principal (société vs Etat) semble avoir pris le pas sur les autres (post-communistes vs post-dissidents, gauche vs droite). Ce phénomène se retrouve à différents degrés d'avancement en Europe centrale, bousculant de manière différenciée les partis établis. Par la clarté de ses lignes de force, le débat polonais éclaire de manière particulièrement intéressante ces évolutions, dont on retrouve également des traces à l'Ouest.

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21 octobre 2007

La société contre l'Etat

Les élections législatives polonaises (élections des députés et sénateurs) ont lieu ce dimanche. Le gouvernement de Jaroslaw Kaczynski a dû faire face à ces élections anticipées suite à l'explosion de sa coalition cet été : les populistes de gauche de Samoobrona (Autodéfense) et les ultras catholiques de la LPR (Ligue des familles polonaises) ont laissé PiS (Droit et Justice, le parti conservateur des frères Kaczynski) seul en scène, et surtout minoritaire.

La scène politique polonaise a l'habitude, depuis le rétablissement de la démocratie, de connaître sans cesse décompositions et recompositions des partis qui la font vivre. Pour la première fois, un semblant de stabilité semble se dessiner, avec l'établissement de trois grands blocs identifiables : PiS, donc, qui représente la droite conservatrice, PO (Plateforme civique) qui représente la droite libérale, et LiD (Gauche et Démocrates), qui représente une alliance "à l'italienne" des sociaux-démocrates post-communistes et des centristes. Ces trois partis sont les seuls à peu près sûrs de franchir la barre des 5% nécessaire pour être représenté à la Diète. Parmi les autres partis qui peuvent prétendre obtenir des députés, on retrouve Samoobrona, qui a reçu le soutien de Leszek Miller, ancien Premier Ministre social-démocrate du président Kwasniewski, une coalition d'extrême-droite réunissant, autour de la LPR, quelques groupuscules traditionnalistes et souverainistes, et le parti paysan PSL plutôt centriste et possible faiseur de roi.

Dans les faits, l'élection se résume à une confrontation entre les deux droites : la libérale contre la conservatrice. La gauche, malgré le retour sur le devant de la scène du toujours populaire Kwasniewski, reste loin derrière dans les sondages, encore associée aux scandales de corruption et au fort niveau de chômage qui ont accompagné la législature 2001-2005. Pour la suite, il sera intéressant d'observer si l'alliance des post-communistes pro-transition de Kwasniewski et de la frange "euro-libéralo-centriste" de l'ex-dissidence (héritiers de Mazowiecki et Geremek) permettra de faire naître une alternative crédible au nouveau gouvernement, quelqu'il soit. Un parfum de Table Ronde qui, paradoxalement, renforce la rhétorique revancharde de PiS : cette alliance n'est-elle pas la preuve du partage du pouvoir entre ex-communistes et ex-dissidents au détriment du peuple que dénoncent sans relâche les Kaczynski ?

La victoire de PiS en 2005, et la montée parallèle de nombreuses forces populistes en Europe centrale comme analysée ici par Jacques Rupnik, peut ainsi s'analyser comme la rencontre, dans les urnes, des perdants idéologiques et des perdants économiques de la transition. La territorialité du vote de 2005 (l'Ouest et Varsovie pour PO, l'Est pour PiS) recouvre une réalité économique très clivante. On a constaté, au passage, le même phénomène (Ouest vs Est) lors des élections slovaques qui ont vu la victoire de la gauche populiste de Robert Fico. La République Tchèque (Bohème de droite contre Moravie de gauche) et la Hongrie (Budapest libérale contre campagne conservatrice) connaissent des phénomènes similaires. A ce retour en force de la sociologie politique après des années de transition marquées par une philosophie très "fin de l'histoire" (pas d'alternative sur le chemin de l'Europe, une société perçue comme monolithique), s'ajoute l'apparition de discours de plus en plus clivants en termes idéologiques, où les questions de mémoire et d'identité occupent une place déterminante. La montée en puissance des populismes à l'Est résulte à mon sens de la rencontre de ces deux phénomènes que la période de transition avait sû maintenir en marge, chacun dans des sphères bien spécifiques du débat. Un spleen démocratique (les perdants se révoltent) qui débouche, donc, sur un retour du politique (débat idéologique, réalité sociologique).

L'opposition entre PO et PiS qui structure actuellement la vie politique polonaise s'organise ainsi autour d'une question particulièrement intéressante et cruciale. Les deux partis sont de droite, et PO n'est pas forcément moins nationaliste (quoiqu'y mettant certainement plus les formes). La véritable ligne de fracture se fait autour de la priorité assignée à la Pologne de rétablir un ordre social jugé chamboulé par la période de transition : PiS souhaite, pour cela, contruire un Etat, quand PO souhaite édifier une société civile. La recomposition de la vie politique polonaise - et le fait que les deux partis débordent, différement, à gauche - se comprend mieux à l'aune de ce débat.

La droite polonaise qui nous rejoue le débat entre première et deuxième gauches, ça a de quoi rendre particulièrement intéressantes ces élections.

(suite, après les résultats...) 

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