Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

28 octobre 2007

Consolidation

Les libéraux de la Plateforme Civique (PO) ont donc remporté les élections législatives polonaises dimanche dernier. Donald Tusk devrait devenir prochainement le treizième Premier Ministre polonais depuis 1989 à la tête d'une coalition regroupant PO et le Parti Paysan PSL. Treizième Premier Ministre et vingt-et-unième cabinet : des chiffres qui donnent une idée de l'instabilité de la vie politique polonaise. Mais, si la trajectoire est perturbée, ces élections pourraient bien marquer le début d'une consolidation partisane de la démocratie polonaise.

PiS, le parti des frères Kaczynski, a certes perdu les élections et le pouvoir (même si Lech reste Président), mais à y regarder de plus près, la défaite n'est peut-être pas si terrible. PiS a en effet réussi son pari de marginaliser ses associés-concurrents de coalition, Samoobrona et la LPR (respectivement 1.53 et 1.30% des voix). En s'imposant comme le seul véritable parti conservateur et étatiste, et surtout comme premier parti d'opposition, avec même un gain de plus d'un million de voix par rapport à 2005, PiS devient le recours naturel pour les électeurs en cas de désir d'alternance. Pour un parti créé en 2001, la performance n'est pas maigre.

PO a lui aussi été créé en 2001. Voir ces deux partis se partager aujourd'hui plus de 73% des voix exprimées en dit long sur l'ampleur de la recomposition du paysage politique polonais ces dernières années. Les leaders de ces partis ne sont certes pas de nouveaux venus, mais en polarisant le choix des électeurs autour de leurs positions respectives, ils ont profondément réorienter les termes du débat, comme esquissé dans ma note précédente. Un conservatisme social, attaché à retisser, grâce à l'appareil d'Etat, des solidarités mises à mal par la période de transition côté PiS. Un conservatisme libéral, pronant le désinvestissement de l'Etat dans la sphère économique côté PO. Des différences fondamentales, mais aussi des points communs : deux conservatismes, qui étaient par exemple en accord sur les récentes lois de lustration du gouvernement Kaczynski.

Si PO l'a emporté assez largement, ce n'est toutefois pas uniquement par adhésion à son programme axé sur les privatisations et les réductions d'impôts, mais aussi par rejet du PiS qui en l'espace de deux ans aura fortement polarisé le débat public. Un phénomène de "vote utile" a donc joué, qui explique en partie la faiblesse du résultat de la coalition de centre gauche LiD (13.15% des voix). La gauche a, de plus, du mal à trouver une place dans un débat structuré par l'opposition entre PO et PiS. Allier réformes et cohésion sociale, comme elle le propose, apparaît comme une synthèse peu crédible quand tout semble sommer les Polonais de choisir entre les deux options.

Dans cette perspective, il sera particulièrement intéressant de suivre les attitudes respectives des deux blocs d'opposition. LiD, pour le moment simple coalition électorale regroupant quatre partis (le Parti Démocrate de Geremek, le SLD post-communiste de Kwasniewski, et deux petits partis de gauche, le SDPL et l'UL), s'organisera-t-il en un nouveau parti capable d'offrir une alternative autre que PiS au pouvoir en place ? Quel discours devra-t-il tenir pour cela ? Comment ne pas apparaître comme une force du passé, héritée du partage du pouvoir entre post-communistes et post-dissidents, quand PO et PiS sont des partis plus récents et plus en phase avec la nouvelle sociologie électorale née de la transition ? De son côté PiS se trouve à la tête d'un socle électoral solide (entre 4 et 5 millions d'électeurs) mais qui semble difficilement majoritaire seul (d'où les difficultés de la récente législature). Après avoir quasiment éliminer toute concurrence sur le terrain social-conservateur, les dirigeants du parti tendront-ils à un recentrage pour conquérir de nouveaux électeurs ?

Avec seulement quatre blocs représentés à la Diète (plus un représentant des minorités allemandes), la démocratie polonaise semble se consolider autour d'une structure partisane plus stable. Un clivage structurant principal (société vs Etat) semble avoir pris le pas sur les autres (post-communistes vs post-dissidents, gauche vs droite). Ce phénomène se retrouve à différents degrés d'avancement en Europe centrale, bousculant de manière différenciée les partis établis. Par la clarté de ses lignes de force, le débat polonais éclaire de manière particulièrement intéressante ces évolutions, dont on retrouve également des traces à l'Ouest.

15:20 Publié dans Pologne | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : pologne, élections

21 octobre 2007

La société contre l'Etat

Les élections législatives polonaises (élections des députés et sénateurs) ont lieu ce dimanche. Le gouvernement de Jaroslaw Kaczynski a dû faire face à ces élections anticipées suite à l'explosion de sa coalition cet été : les populistes de gauche de Samoobrona (Autodéfense) et les ultras catholiques de la LPR (Ligue des familles polonaises) ont laissé PiS (Droit et Justice, le parti conservateur des frères Kaczynski) seul en scène, et surtout minoritaire.

La scène politique polonaise a l'habitude, depuis le rétablissement de la démocratie, de connaître sans cesse décompositions et recompositions des partis qui la font vivre. Pour la première fois, un semblant de stabilité semble se dessiner, avec l'établissement de trois grands blocs identifiables : PiS, donc, qui représente la droite conservatrice, PO (Plateforme civique) qui représente la droite libérale, et LiD (Gauche et Démocrates), qui représente une alliance "à l'italienne" des sociaux-démocrates post-communistes et des centristes. Ces trois partis sont les seuls à peu près sûrs de franchir la barre des 5% nécessaire pour être représenté à la Diète. Parmi les autres partis qui peuvent prétendre obtenir des députés, on retrouve Samoobrona, qui a reçu le soutien de Leszek Miller, ancien Premier Ministre social-démocrate du président Kwasniewski, une coalition d'extrême-droite réunissant, autour de la LPR, quelques groupuscules traditionnalistes et souverainistes, et le parti paysan PSL plutôt centriste et possible faiseur de roi.

Dans les faits, l'élection se résume à une confrontation entre les deux droites : la libérale contre la conservatrice. La gauche, malgré le retour sur le devant de la scène du toujours populaire Kwasniewski, reste loin derrière dans les sondages, encore associée aux scandales de corruption et au fort niveau de chômage qui ont accompagné la législature 2001-2005. Pour la suite, il sera intéressant d'observer si l'alliance des post-communistes pro-transition de Kwasniewski et de la frange "euro-libéralo-centriste" de l'ex-dissidence (héritiers de Mazowiecki et Geremek) permettra de faire naître une alternative crédible au nouveau gouvernement, quelqu'il soit. Un parfum de Table Ronde qui, paradoxalement, renforce la rhétorique revancharde de PiS : cette alliance n'est-elle pas la preuve du partage du pouvoir entre ex-communistes et ex-dissidents au détriment du peuple que dénoncent sans relâche les Kaczynski ?

La victoire de PiS en 2005, et la montée parallèle de nombreuses forces populistes en Europe centrale comme analysée ici par Jacques Rupnik, peut ainsi s'analyser comme la rencontre, dans les urnes, des perdants idéologiques et des perdants économiques de la transition. La territorialité du vote de 2005 (l'Ouest et Varsovie pour PO, l'Est pour PiS) recouvre une réalité économique très clivante. On a constaté, au passage, le même phénomène (Ouest vs Est) lors des élections slovaques qui ont vu la victoire de la gauche populiste de Robert Fico. La République Tchèque (Bohème de droite contre Moravie de gauche) et la Hongrie (Budapest libérale contre campagne conservatrice) connaissent des phénomènes similaires. A ce retour en force de la sociologie politique après des années de transition marquées par une philosophie très "fin de l'histoire" (pas d'alternative sur le chemin de l'Europe, une société perçue comme monolithique), s'ajoute l'apparition de discours de plus en plus clivants en termes idéologiques, où les questions de mémoire et d'identité occupent une place déterminante. La montée en puissance des populismes à l'Est résulte à mon sens de la rencontre de ces deux phénomènes que la période de transition avait sû maintenir en marge, chacun dans des sphères bien spécifiques du débat. Un spleen démocratique (les perdants se révoltent) qui débouche, donc, sur un retour du politique (débat idéologique, réalité sociologique).

L'opposition entre PO et PiS qui structure actuellement la vie politique polonaise s'organise ainsi autour d'une question particulièrement intéressante et cruciale. Les deux partis sont de droite, et PO n'est pas forcément moins nationaliste (quoiqu'y mettant certainement plus les formes). La véritable ligne de fracture se fait autour de la priorité assignée à la Pologne de rétablir un ordre social jugé chamboulé par la période de transition : PiS souhaite, pour cela, contruire un Etat, quand PO souhaite édifier une société civile. La recomposition de la vie politique polonaise - et le fait que les deux partis débordent, différement, à gauche - se comprend mieux à l'aune de ce débat.

La droite polonaise qui nous rejoue le débat entre première et deuxième gauches, ça a de quoi rendre particulièrement intéressantes ces élections.

(suite, après les résultats...) 

17:40 Publié dans Pologne | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : pologne, élections