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08 mai 2007

Une gauche décomplexée

L'expression "droite décomplexée", si elle recouvre une certaine réalité, est en train de devenir une véritable tarte à la crème du commentaire politique. Avec évidemment un risque majeur pour la gauche : n'y voir plus que ça, se réfugier dans l'opposition frontale, s'abstenir de comprendre les autres raisons de la victoire de Nicolas Sarkozy et de ses propres difficultés à rencontrer les électeurs sauf par rejet des pouvoirs en place (1997, 2004). Laurent Fabius a d'ailleurs trouvé judicieux d'appeler, dimanche soir, à l'affirmation d'une gauche décomplexée pour allumer les contre-feux. 

Mais de quel complexe souffre aujourd'hui le Parti Socialiste, et plus largement la gauche française ? Si la droite, ou au moins son élite technocrate, souffrait depuis quelques décénies d'une sorte de complexe par rapport à la deuxième gauche comme j'ai essayé de le montrer précédemment, l'inverse n'est pas vrai. Cela aurait pu être la cas après le tournant de la rigueur en 1983, mais c'est au contraire une sorte de complexe révolutionnaire - par rapport à l'extrême gauche, mais aussi et surtout par rapport à sa propre histoire - qui semble avoir paralysé la gauche, au point de ne plus savoir comment s'y prendre pour analyser la société dans sa réalité.

L'opposition entre un discours gauchisant et une pratique pragmatique du pouvoir est, elle aussi, une tarte à la crème particulièrement répandue. Le problème c'est qu'elle à enfermer les réflexions sur les moyens de sortir la gauche de la crise dans un absurde débat sur la cohérence : il suffirait juste, pour les uns d'accorder pratique et discours "plus à gauche", pour les autres pratique et discours "plus modernes". Si la synthèse molle qui sort régulièrement des congrès socialistes depuis la cinglante défaite de 1993 (et le souvenir du sanglant congrès de Rennes de 1990) est sans doute l'une des causes majeures des difficultés du PS à se réformer, les termes du débat sur les moyens d'y parvenir en sont à mon avis une autre. Cela faute de bien comprendre les ressorts profonds de l'impasse actuelle.

Le problème de la gauche française, c'est qu'elle n'a jamais été marxiste. Même le Parti Communiste l'était fort peu, proposant plutôt une synthèse nationale-républicaine incarnée par le programme sorti du CNR. Contrairement aux partis sociaux-démocrates de l'Europe du Nord et du Centre, la culture marxiste n'a jamais prise en France, pour plusieurs raisons. Une certaine antériorité du socialisme français y est pour quelque chose. Le socialisme utopique ou le fédéralisme de Proudhon occupait déjà une partie du terrain idéologique au milieu du XIXe siècle. Mais la raison principale est la place du combat républicain à gauche au XIXe siècle en France, qui a conduit ce camp à s'intéresser à des problèmes très différents (beaucoup moins économiques et sociaux) que ses voisins du Nord et du Centre du continent. D'ailleurs, très tôt, le mouvement socialiste français a rejoint le camp républicain, cherchant à concillier nation et internationalisme (cf. Jaurès), doctrine républicaine (laïcité, combat contre la monarchie) et amélioration de la condition ouvrière.

Cette particularité de la gauche française a eu, à mon sens, deux conséquences qui expliquent les diffultés de la réforme aujourd'hui : une attention assez faible aux questions économiques et sociales, de la production et des rapports de forces sociaux qui animent la société, couplé à une absence de critique de l'Etat dans sa forme républicaine d'une part ; la glorification de la révolution - et le complexe qui va avec - plus perçue chez nous comme faisant référence à la réalité historique de 1789, 1848 ou de la Commune qu'à un hypothétique grand soir prolétarien d'autre part. Ces deux éléments sont profondément liés à l'absence d'un marxisme français. Et qui dit absence de marxisme, dit également absence d'une critique de celui-ci, qui a finalement enfanté les social-démocraties du Nord et du Centre du continent. La gauche socialiste française a été, beaucoup plus tôt qu'ailleurs, dans les faits réformiste et acceptant de participer au pouvoir (Bad Godesberg, en 1959, est en fait très tardif face aux discours de Jaurès ou de Blum). Mais elle a raté les évolutions suivantes du fait même d'avoir été en avance dans ses particularismes. Comment remettre en cause la révolution, quand cela revient à critiquer 1789 plutôt qu'un fantasme utopique ?

On ne peut évidemment pas réécrire l'histoire, et il est bien tard pour prétendre importer le marxisme, et le révisionnisme, en France. Comment, dès lors, inventer une gauche décomplexée ? Le meilleur moyen, à mon avis, serait d'enfin s'intéresser aux questions économiques et sociales, dans leur profondeur, c'est à dire en premier de chercher à comprendre la société actuelle telle qu'elle est, et non à travers des schémas de pensée datant de quelques décénies. C'est la grande réussité de Nicolas Sarkozy : avoir organisé les différentes conventions qui ont permis d'élaborer le programme de l'UMP en 2005-2006, autour de remontées de la société française et de mesures concrètes. Rien de tel au PS, il est vrai profondément divisé par la question européenne (d'où mon attention portée au rôle de Jacques Chirac dans la victoire de Nicolas Sarkozy lors du podcast). Ségolène Royal, par les comités Désirs d'avenir, a essayé de provoquer en accélérée un tel électrochoc à gauche, mais le timing était vraiment trop serré, et il a manqué du temps pour se mettre en adéquation avec le travail des intellectuels (notamment ceux réunis au sein de la République des Idées) afin d'élaborer un nouveau discours sur la société française.

Je ne céderai par conséquent pas au pessimisme quant à l'avenir de la gauche. La voie choisie par Ségolène Royal demande de la maturation mais l'orientation me semble fondamentalement saine. Si elle arrive désormais à prendre le contrôle du parti, peut-être qu'enfin une gauche décomplexée, capable de faire remonter la réalité de la société (d'où l'importance du sujet évoqué par Versac lors du podcast sur les nouveaux militants et le mode de fonctionnement du parti) vera le jour. Elle est aujourd'hui la seule légitime (par ses actions, et non par ses seuls discours comme DSK) à pouvoir réformer le Parti Socialiste, bien au-delà de la question très secondaire d'une alliance à gauche ou au centre.

19:50 Publié dans France | Lien permanent | Commentaires (9) | Tags : royal, parti socialiste

07 mai 2007

Podcast Lieu Commun

Nouveau podcast sur le vif enregistré au Pavillon Baltard, ce dimanche soir aux alentours de 23h. Quelques réflexions à chaud sur l'élection de Nicolas Sarkozy, avant d'y revenir plus en détail ici demain. Etaient présents Verel, Versac, Authueil, Jules, moi-même, et comme invité Scott Kushner, doctorant américain qui travaille sur la blogosphère politique française.

Bonne écoute. 

04 mai 2007

Lustration

Les nouvelles lois de lustration du gouvernement polonais ont trouvé un écho accru récemment avec les prises de position remarquées de Bronislaw Geremek et Tadeusz Mazowiecki (pétitions de soutien ici et ici). Beaucoup a déjà été dit sur les raisons idéologiques de ces lois et sur les réactions qu'elles suscitent en Pologne et dans le reste de l'Europe. En revanche, je n'ai pas vu grand chose sur les raisons politiques qui ont pu pousser les frères Kaczynski à aller aussi loin et aussi fort dans leur volonté de "décommuniser" l'élite polonaise. Voici donc quelques rapides réflexions qui me sont venues sur le sujet.

Les jumeux Ubu, héritiers de l'aile droite de Solidarité, font partie de la frange du syndicat qui n'a jamais pardonné à la majorité dudit syndicat d'avoir choisi la voie de la négociation avec le pouvoir communiste pour sortir du modèle du parti unique. Complexe de la révolution de velours avortée et faite par d'autres ailleurs (la Tchécoslovaquie par exemple, qui a élaboré des lois de lustration plus sévères qu'en Pologne ou en Hongrie dans les années 90, ce n'est pas un hasard). L'histoire politique récente de la Pologne est au moins autant celle d'une rivalité entre les héritiers de Solidarité, qui se retrouvent sur toute l'étendue du spectre politique, que d'une opposition entre post-dissidents et post-communistes.

D'un point de vue plus tactique, ces lois ont, me semble-t-il, deux objectifs. Diviser l'opposition, ou en tout cas empêcher un rapprochement des sociaux-démocrates (post-communistes et opposés à la loi) et des libéraux (centre droit, favorables à la loi) d'une part. Réaffirmer la prééminensce du PiS (Droit et Justice, le parti des frères Kaczynski) sur la coalition gouvernementale au moment où quelques défections, dont celle du président de la Diète Marek Jurek, se font jour d'autre part. Encore plus à droite que les frères K., Jurek a ainsi décidé de former une nouvelle formation politique, située entre PiS et la LPR (Ligue des familles polonaises, d'extrême-droite). Dans ce contexte, la concurrence est rude pour s'attirer les bonnes grâces de Radio Maryja et des autres médias conservateurs.

Ainsi, si elles répondent indéniablement à des certitudes idéologiques, les lois de lustration de l'actuel pouvoir en place servent aussi des buts de tactique politique qu'il est à mon sens nécessaire d'avoir à l'esprit pour comprendre un peu ce qu'il se passe en Pologne actuellement.

22:45 Publié dans Pologne | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : pologne

Podcast Lieu Commun

Pas le temps de revenir pour le moment sur le débat Ségo/Sarko, mais vous pouvez écouter le podcast de Lieu Commun réalisé juste après le débat au Pavillon Baltard. Etaient présents Versac, Eolas, Authueil, Jules, moi-même et, en invité, Mehdi du Parti blanc.

01 mai 2007

Cohérences

La sortie des idéologies et le règne du "pragmatisme" comme valeur politique cardinale sont devenus des repères tellement évidents de l'analyse politique depuis la chute du mur de Berlin qu'il est tentant de les appliquer à l'actuelle campagne : triangulation, propositions catégorielles, recherche de synthèses dynamiques, etc. Tous les ingrédients sont effectivement réunis. Pourtant, il me semble qu'avec une telle approche on manque l'existence de véritables cohérences idéologiques aussi bien chez Ségolène Royal que chez Nicolas Sarkozy. La difficulté tient au fait que l'une comme l'autre ne s'inscrivent pas dans les traditions récentes de leurs camps respectifs. Ségolène Royal n'est ni socialiste, ni social-démocrate. Nicolas Sarkozy n'est ni gaulliste, ni libéral. Tentons ici de prendre un peu de recul avant le second tour pour esquisser, rapidement, les grands traits de ces cohérences.

Honneur aux femmes, je commencerai par Ségolène Royal. Ni socialiste, ni social-démocrate, elle me semble plutôt l'héritière du christianisme social. Son discours est imprégné de valeurs qu'on croirait directement issues de l'encyclique Rerum Novarum et de la doctrine sociale de l'Eglise : ordre juste, principe de participation, subsidiarité... Son refrain bien connu sur l'ordre juste rompt ainsi fortement avec la tradition socialiste, et même social-démocrate, qui met l'accent sur l'existence de rapports de forces sociaux, pour s'aventurer sur les terres de la démocratie chrétienne et de l'ordolibéralisme allemand : la justice sociale est un élément essentiel d'une "économie sociale de marché", non plus en tant que but mais comme moyen d'assurer le bon ordre de la société. Chacun doit trouver sa place... et y rester. Le désordre nait, dans cette optique, de l'existence d'antagonismes sociaux qui perturbent le fonctionnement quasi "naturel" de la société. D'où la thématique de l'apaisement, bien loin du socialisme de luttes et de revendications qui irrigue encore largement la pensée de gauche en France.

L'insistance sur l'organisation de la société civile de manière autonome par rapport à l'Etat est aussi au coeur de cette idéologie. Les principes de subsidiarité, de participation et d'association sont trois des dix principes explicitement désignés dans la doctrine sociale de l'Eglise. On peut y retrouver ici des liens avec la pensée de la deuxième gauche (dans son livre d'entretiens avec Georges-Marc Benamou, Rocard insiste d'ailleurs sur la rencontre du catholicisme et de la gauche comme l'un de ses apports principaux). La volonté de Ségolène Royal de voir émerger des corps intermédiaires forts, qu'ils soient territoriaux ou syndicaux, ou son insistance assez nouvelle à gauche sur le rôle de la famille, témoignent là aussi d'une imprégnation de longue date de cette culture politique assez souterraine en France (mais n'a-t-elle pas commencé sa carrière dans les clubs Témoin de Delors, seule réelle incarnation récente de ce courant de pensée ?).

Dernier point particulier de l'idéologie "royaliste" : le changement de curseur entre démocratie et social. Dans une perspective social-démocrate traditionnelle, la démocratie est un moyen d'atteindre un objectif de transformation sociale. L'objectif final reste commun à l'ensemble des forces de gauche, seul les moyens d'y arriver diffèrent : révolutionnaires pour les uns, réformistes et donc démocratiques pour les autres. Ségolène Royal semble renverser les priorités : la démocratie devient le but, le social le moyen éventuel d'y parvenir. Cela rejoint la vision ordolibérale évoquée plus haut. Son discours au cours de la campagne aura ainsi bien plus souvent mis l'accent sur les questions de méthode et de moyens de la réforme que sur le contenu des réformes, à l'exact inverse du discours de Nicolas Sarkozy (j'y reviens plus bas). L'Etat semble avoir un rôle moins volontariste. Il s'assure du bon ordonnancement des choses, mais laisse une large place au dialogue social, à l'action territoriale et à la démocratie directe. Une véritable révolution copernicienne pour la gauche française.

Ni gaulliste, ni libéral, Nicolas Sarkozy trouve lui sa cohérence idéologique dans une tentative de raccorder la droite d'aujourd'hui à l'histoire longue de la droite. Sa volonté de faire exister une droite décomplexée, son discours contre-révolutionnaire récent, et l'importance qu'il accorde à la question nationale (jusqu'à saluer Barrès en ouverture d'un récent discours à Metz) témoignent d'une nécessité de sortir la droite de l'après-guerre et de retrouver des sentiments mis un peu en sourdine depuis 1945. Mais, est-ce réellement l'idéologie de Nicolas Sarkozy, ou n'est-il qu'un réceptacle des pensées d'Henri Guaino ? J'aurai tendance à pencher pour la deuxième option, ce qui me fait dire que Sarkozy n'est pas le danger volontiers dépeint à gauche mais plutôt l'héritier de Chirac capable de tenir n'importe quel discours pourvu qu'il lui apporte des voix. Mais puisqu'il a choisi d'habiter ce discours "guainiste", on fera comme s'il était le reflet de sa véritable pensée.

Le dénominateur commun de tous les discours sarkozystes, c'est la volonté de cliver, de jouer sur des oppositions binaires et de placer ses électeurs potentiels dans le camp de la "majorité silencieuse". Comme pour Ségolène Royal, il me semble que son discours provient d'une analyse scrupuleuse du 21 avril 2002 et du 29 mai 2005 : la candidate de gauche en a tiré la conclusion qu'il fallait déboucher sur une société plus inclusive (pour reprendre une terminologie blairiste), qui ne laisse plus le sentiment à ladite majorité d'être silencieuse ; le candidat de droite a lui cherché à adopter les aspirations de cette majorité dans une optique plus révolutionnaire de renversement des rapports de force. Etonnant retournement, qui voit la candidate de gauche se fondre dans des aspirations très orléanistes, et le candidat de droite récupérer une part de l'héritage frondeur des orphelins du communisme. Et ce d'autant plus qu'en 2005, les sympathisants de l'UMP ont voté à 80% pour le "oui", alors qu'au sein de la gauche le "non" était majoritaire.

La volonté de liquider Mai 68 affichée par Nicolas Sarkozy depuis dimanche est à relier à cette volonté. Il s'agit non seulement de s'opposer à la complexité de la société en retrouvant des clivages binaires bien identifiables (le beau et le laid, le vrai et le faux, etc.), mais aussi, et surtout, de sortir la droite de son complexe par rapport à la deuxième gauche. Mai 68, c'est en effet le moment de cristallisation du déchirement des deux gauches : la revendication de transformation sociale échappe au Parti Communiste et la critique du totalitarisme s'instille progressivement dans la culture de gauche. Moment symbolique de transformations sociales qui auraient eu lieu de toute manière, mais aussi moment de transformation idéologique de la gauche, et début de la domination sans partage du débat par la gauche. Des années 70 jusqu'à récemment, le débat politique en France s'est organisé autour de l'opposition des deux cultures. La droite n'a plus eu qu'à s'aligner sur ce débat, sans réussir à retrouver une véritable autonomie de discours. Fascinée par la deuxième gauche, la droite de gouvernement a profondément divorcée de la droite idéologique qui ne vivait plus que chez quelques intellectuels vus comme réactionnaires (et pas seulement par la gauche). La volonté d'Henri Guaino me semble aujourd'hui de retrouver une certaine unité à la droite, en réinvestissant les thèmes traditionnelles de la droite depuis le XIXe siècle (mis en sourdine depuis 1945, et plus encore 1968 donc) : la nation, l'effort, la morale, voire une certaine dose de déterminisme. Il s'agit de sortir les électeurs de droite d'une certaine frustration, en exprimant à nouveau de manière claire et explicite des sentiments conservateurs qui n'avaient évidemment pas disparu du tissu populaire.

Le rapport à l'histoire des deux candidats est là aussi assez instructif. Ségolène Royal, contrairement à une certaine tradition de gauche, n'agite pas de figures-totems, et paraît situer son discours et la société qu'elle appelle de ses voeux uniquement dans le temps présent. Nicolas Sarkozy ne manque au contraire pas une occasion de citer de grandes figures de l'histoire de France en fonction des régions qu'il visite. Même des figures de gauche comme Jaurès ou Blum sont convoquées (ce qui ne l'empêche pas de décalquer les critiques contre les 40h du Front Populaire). J'y vois un autre exemple de cette volonté de revigorer le discours de la droite traditionnelle : la nation comme "possession en commun d'un antique cimetière" (Barrès).

Le rôle de l'Etat chez Sarkozy a lui aussi plus à voir avec de vieilles traditions françaises qu'avec le libéralisme adoptée ailleurs par les forces de droite. Il s'agit d'imposer par sa puissance la volonté populaire qui se sera cristallisée au moment de l'élection. L'identification entre le président-chef et l'action publique a un côté quasi bonapartiste : l'élection est perçue comme un plébiscite sur les réformes annoncées par Nicolas Sarkozy. C'est en substance ce qu'expliquait hier soir Valérie Pécresse dans Mots Croisés : les réformes seront appliquées parce qu'elles ont été annoncées, même si les corps intermédiaires s'y opposent. Conception diamétralement opposée à celle de Ségolène Royal. La démocratie n'est pas un mode d'organisation de la société, qui doit vivre de manière continue au sein de la société civile, mais un processus de choix d'options politiques à certaines périodes données. La méthode importe bien moins que le résultat chez Sarkozy. Cette absence de réflexion sur l'espace qui existe entre l'Etat et le peuple (perception très jacobine des choses) se retrouve d'ailleurs dans le leitmotiv préféré du candidat de l'UMP : "travailler plus pour gagner plus" qui occulte complètement la réalité des rapports de forces sociaux au sein des entreprises et les marges de manoeuvre et de liberté respectives des salariés et du patronat.

Deux conceptions assez radicalement antagonistes de l'exercice du pouvoir s'affronteront donc dimanche dans les urnes. Bien sûr, ces éléments idéologiques sont complétés par des éléments plus traditionnels des deux camps et par des logiques plus en phases avec l'ère post-idéologique, mais le choix est bien réel. Evidemment, le mien n'a pas changé par rapport au premier tour.