15 juin 2008

Après le "non" irlandais

Faut-il vraiment continuer le processus de ratification dans les autres Etats membres ? En cas de victoire du "oui", le référendum irlandais aurait pu servir de relégitimation populaire des réformes institutionnelles issues de la Convention pour l'avenir de l'Europe. C'est pourquoi la victoire du "non" ne peut pas être analysée comme un vote isolé dans un pays alors que les vingt-six autres se prononceraient pour. Contrairement au rejet du Traité de Nice lors du premier référendum en 2001, le vote de cette fois-ci s'inscrit dans un cycle de réforme qui inclut les rejets français et néerlandais d'il y a trois ans. Il apparaît par conséquent difficile, politiquement, de justifier un nouveau vote en échange de quelques dérogations ou déclarations annexes au traité. Le vote irlandais impose plutôt de repenser le cycle issu de la conférence de Laeken, en observant qu'il a échoué (trois référendums négatifs), et en tentant d'envisager de nouvelles méthodes.

On peut bien entendu trouver des justifications locales au vote irlandais (débats sur la neutralité ou la fiscalité notamment, ralentissement économique, etc.), mais ce vote me semble avoir une portée plus large, plus européenne en quelques sortes. Son message est clairement : la réponse apportée aux "non" français et néerlandais n'est pas satisfaisante. Après un vote sur une constitution qui n'en était pas une, on a eu droit à un vote sur un mini-traité qui n'en était pas un. Ce manque de lisibilité sur l'objet même du vote - entretenu par les déclarations contradictoires des négociateurs du traité - n'aidait pas à un débat clair sur les enjeux réels du texte. L'impression que malgré les rejets d'il y a trois ans, les mêmes éléments avaient été repris dans ce nouveau traité ("le traité modificatif introduira dans les traités actuels, qui restent en vigueur, les innovations découlant des travaux de la CIG de 2004"), conduisait à donner l'impression que le message n'avait pas été entendu. Si une deuxième tentative pouvait à mon sens se justifier - avec un référendum irlandais qui avait par la même un rôle énorme de relégitimation face à la lâcheté des autres dirigeants européens - un entêtement cette fois-ci semble complètement contre-productif. 

S'il y avait eu un nouveau référendum en France, j'aurais revoté favorablement, parce que je reste convaincu que les réformes institutionnelles issues de la Convention pour l'avenir de l'Europe permettraient d'améliorer le fonctionnement de l'UE, et parce qu'un vote positif et une ratification rapide du Traité de Lisbonne aurait permis de passer enfin à autre chose dans le débat européen. Mais pour cette raison même de la nécessité d'évacuer - au moins pour un temps - les questions institutionnelles, il me paraît important aujourd'hui de ne plus insister dans la même voie, de l'adoption coûte que coûte des réformes négociées entre 2002 et 2004.

Avant de relancer la machine à négocier des traités, il convient en fait sans doute de s'interroger sur la manière même de les négocier et de les adopter. La Convention, en associant parlementaires nationaux et européens et représentants des gouvernements nationaux et de la Commission, avait innové en rompant avec les habituelles CIG (même s'il avait fallu repasser par là avant adoption du Traité). Il faut s'appuyer sur cette innovation - issue d'une volonté de démocratisation par le haut de la construction européenne - pour imposer l'idée d'une association plus grande des citoyens à la définition des règles de l'UE : s'en emparer pour démocratiser, cette fois-ci par la base, cette étrange machine à produire des normes.

Comment y arriver ? En proposant, par exemple, un court texte sur les modalités d'élaboration et d'adoption des traités, avant même de connaître le contenu des futurs traités. Un discours de la méthode sur lequel se mettre d'accord, qui pourrait, dans l'idéal, être soumis à référendum en même temps que les prochaines élections européennes. Ce texte pourrait définir les acteurs des négociations (sur le mode de la Convention de 2002-2004 ou autre), les modalités d'adoption (référendum européen, ou nécessité de votes nationaux la même semaine) et les règles de majorité (qualifiée au 4/5 des Etats et à la majorité de la population par exemple). Cette idée, développée par François Brutsch sur le Swissroll, permettrait de connaître les Etats, et leurs citoyens, prêts à abandonner le système actuel de l'unanimité absolue et des négociations intergouvernementales. Pour les adeptes des thèses de l'avant-garde ou du noyau dur, cela me semble être la meilleure manière de réaliser l'idée.

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03 février 2008

Réélection de Tadic et Kosovo

Les premiers sondages à la sortie des urnes en Serbie donnent la victoire au président sortant, le démocrate Boris Tadic, face au nationaliste Tomislav Nikolic (51% contre 49%, ce qui demande donc encore confirmation). Cette bonne nouvelle met les Européens dans une posture délicate et face à leurs responsabilités. Le scénario d'une victoire de Nikolic avait en effet l'avantage de la simplicité en permettant de reporter la faute sur les électeurs serbes et de reconnaître rapidement l'indépendance du Kosovo, en abandonnant la Serbie à ses démons. La victoire de Tadic, partisan de l'intégration européenne de son pays mais, comme l'ensemble de la classe politique serbe, hostile à l'indépendance de la province du sud oblige les Etats membres de l'UE à clarifier leur position. Faut-il, comme le préconise la présidence slovène de l'UE, privilégier la situation politique particulière actuelle et accélérer l'arrimage de la Serbie à l'UE, ou au contraire maintenir fermement les règles édictées pour l'ensemble des ex-pays yougoslaves, à savoir la coopération avec le TPIY comme préalable, comme l'entendent les Pays-Bas et la Belgique ? Faut-il profiter du fait qu'un pays issu de la Yougoslavie préside actuellement l'Union pour aller vers la reconnaissance rapide de l'indépendance du Kosovo (combinée à une perspective ferme d'adhésion donc) ou au contraire continuer de jouer la montre pour ne pas contrarier Chypre ou l'Espagne (en attendant notamment les élections générales début mars pour cette dernière) ? Ces questions, et quelques autres, étaient au coeur du café européen de janvier organisé par Nouvelle Europe la semaine dernière à l'ambassade de Slovénie. On retrouvera un compte-rendu des débats ici, avec notamment les intéressantes explications de Jean-Arnault Dérens, le rédacteur en chef du Courrier des Balkans, sur le sujet plus particulier du Kosovo. Un sujet qui pourrait bien être au coeur de la prochaine présidence française de l'Union.

22 décembre 2007

Comment peut-on être Hongrois ?

Jeudi, Le Figaro posait la question suivante à ses lecteurs : Redoutez-vous l'élargissement de l'espace Schengen aux anciens pays de l'Est ? Réponse ce matin : oui à 70%, non à 30%. Est-ce une spécificité du lectorat du Figaro, a priori plus à droite que la moyenne des Français ? Le Monde posait une question assez similaire le même jour : L'entrée des pays d'Europe de l'Est dans l'espace Schengen de libre circulation des personnes sans contrôle aux frontières, comme les autres pays de l'UE, vous paraît-elle une décision opportune ou prématurée ? Réponse : prématurée à 56% et opportune à 33%. Ces sondages n'ont rien de scientifiques, mais avec 4437 votants pour le premier et 11018 pour le second, ils sont sans doute représentatifs, dans leurs tendances, de craintes plus ou moins diffuses face à la réalité géographique de l'Europe actuelle. Les lecteurs du Figaro, qui ont la possibilité de laisser des commentaires pour expliquer leur vote, parlent d'exode, de misère, de criminalité. Point de vue de droite, sans doute. Mais on imagine sans mal les lecteurs d'un journal de gauche évoquer la concurrence, le dumping social et les délocalisations.

Juste un point de vue de noniste souverainiste ? Jean-Louis Bourlanges, dans un récent entretien publié par Le Monde au cours duquel il expliquait les raisons de l'abandon de son mandat de député européen, citait entre autres "un élargissement bâclé". La dialectique élargissement vs approfondissement qui irrigue une large partie du mouvement pro-européen français, notamment dans sa dimension démo-chrétienne (et qui m'a toujours horripilé), a conduit bon nombre de militants de la construction européenne à s'enfermer dans une nostalgie stérile d'une Europe carolingienne idéalisée ne leur permettant plus, ni de peser sur le cours idéologique de l'unification du continent (faute de comprendre les ressorts d'une évolution impliquée par le contexte géopolitique post-guerre froide) ni de s'apercevoir que l'élargissement mené à bien était en soi un succès de la construction européenne, bien plus que l'édification d'une improbable structure fédérale ne l'aurait jamais été. En se trompant de discours, de combat, ils ont fini par handicaper la France dans sa stratégie d'influence et de défense de son modèle. Cela a sans doute contribué au moins autant que la volonté blairiste d'envoyer des Britanniques en nombre dans les instances communautaires à l'évolution idéologique de la construction européenne ces dix dernières années.

Versac comparait le discours de Bourlanges à celui de Rocard. Il y a des éléments communs, notamment dans la volonté de porter un regard lucide sur l'état de l'Europe et dans une certaine mélancolie face aux rêves fédéralistes, mais il manque chez Bourlanges l'essentiel de ce qui fait le discours européen actuel de Rocard : l'accent mis sur les enjeux pour lesquels une action politique au niveau européen est importante. L'UE a aujourd'hui, par sa taille, la dimension nécessaire pour peser, par son cadre juridique, sur le cours du monde en matière économique. Avec le Traité de Libsonne, qui communautarise en partie la JAI, et avec les enjeux, notamment énergétiques, des relations de voisinage/élargissement avec la Russie ou la Turquie, il y a en plus la possibilité d'ajouter aux politiques de concurrence ou environnementales de nouvelles dimensions permettant aux Etats européens de renforcer leur vivre-ensemble. Le problème, c'est que ces éléments essentiels du futur proche de l'Europe ne sont pas du tout au centre du débat européen en France - et ceci n'est pas dû aux seuls adversaires de l'UE telle qu'elle est.

Comment s'étonner, dès lors, qu'une majorité de sondés ne perçoivent l'extension de l'espace Schengen que sous l'aspect de menaces quand les clercs entretiennent continuellement la nostalgie d'une petite Europe où l'on se sentait chez soi depuis quinze ans. On peut certes s'en prendre, une nouvelle fois, aux nonistes / nationalistes / souverainistes / débiles qui n'ont rien compris à rien, mais sur le coup, ils ne me semblent pas les seuls.

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09 décembre 2007

Quelle Union de la Méditerranée ?

Au cours de sa campagne, Nicolas Sarkozy avait lancé l'idée d'une Union de la Méditerranée. Voici ce qu'il en disait par exemple à Madrid le 27 février dernier :

Le dialogue Euro-méditerranéen imaginé il y a 12 ans à Barcelone par bien des aspects n’a pas atteint ses objectifs. L’échec était prévisible dès lors que la priorité de l’Europe était à l’est. L’échec était prévisible dès lors que le commerce avait pris seul le pas sur tout le reste alors que c’est la coopération qui doit être la priorité absolue. L’échec était prévisible dès lors qu’il s’agissait une fois de plus de faire dialoguer le Nord et le Sud, en perpétuant cette frontière invisible qui depuis si longtemps coupe en deux la Méditerranée et en continuant d’opposer ses deux rives au lieu de les unir. Le dialogue entre l’Europe et la Méditerranée est capital. Mais il ne peut pas réussir s’il s’agit seulement de faire dialoguer l’Union Européenne avec l’Afrique du Nord.

Je propose que l’on prenne le problème autrement. C’est d’abord aux pays méditerranéens eux-mêmes de prendre en main la destinée que la géographie et l’histoire leur ont préparée et d’entraîner à leur suite les continents. C’est à la France, européenne et méditerranéenne à la fois, de prendre l’initiative avec l’Espagne, l’Italie, la Grèce, Chypre, d’une Union Méditerranéenne comme elle prit jadis l’initiative de construire l’Union européenne. Cette Union Méditerranéenne aura vocation à travailler de plus en étroitement avec l’Union Européenne. Elle aura vocation un jour à avoir avec elle des institutions communes parce que la Méditerranée et l’Europe auront pris conscience que leurs destins sont liés.

C’est dans la perspective de cette Union Méditerranéenne qu’il nous faut envisager les relations de l’Europe et de la Turquie.

C’est dans la perspective de cette Union Méditerranéenne qu’il nous faut repenser ce qu’on appelait jadis la politique arabe de la France.

C’est dans la perspective de cette Union Méditerranéenne qu’il nous faut approcher le problème de la paix au Moyen-Orient et chercher une issue au conflit israélo-palestinien. Un système de sécurité collective lui permettrait de garantir la paix autrement que par la course aux armements et l’intimidation.

La Méditerranée a besoin d’investissements dans les infrastructures. Elle a besoin d’une gestion commune de l’eau, d’une politique commune de la mer, d’une politique commune des migrations, d’une politique commune de l’énergie, d’une politique commune du patrimoine, du tourisme, de la recherche.

Et c’est dans la perspective de cette Union Méditerranéenne qu’il nous faut concevoir l’immigration choisie, c'est-à-dire décidée ensemble, organisée ensemble, maîtrisée ensemble.

Mais la plus belle perspective pour la France comme pour l’Espagne, est dans le grand large. Si je suis élu je proposerai à tous les pays de la Méditerranée de jeter les bases d’une Union Méditerranéenne comme jadis la France a proposé aux peuples européens de construire l’Europe. En ressuscitant le rêve méditerranéen nous ressusciterons le rêve européen.

Les développements plus récents de cette idée - annoncés lors d'une visite d'Etat au Maroc ou lors du dernier sommet Euromed à Lisbonne - précisent l'ambition, sans en lever toutefois toutes les zones de flou. L'Union de la Méditerranée ne remettrait pas en cause les deux politiques européennes déjà existantes (Euromed et la politique de voisinage), mais viendrait en quelques sortes les complèter. Un flou - qui agace d'ailleurs la chancelière Merkel - existe en revanche toujours sur la participation de l'Union européenne. Les 27 prendront-ils part dans leur ensemble à cette nouvelle politique ou sera-t-elle réservée aux seuls pays riverains de la Méditerranée comme le laissait entendre Sarkozy dans son discours de Madrid ? Pour le moment, la France semble proposer une participation en tant qu'observateurs des pays non-riverains de la Méditerranée, avec en revanche la participation à part entière de la Commission européenne aux côtés des Etats méditerranéens, ainsi que de la Ligue arabe. Le projet s'oriente vers la combinaison d'un "G-Med", sorte de forum de rencontre annuel ou bi-annuel des Etats participants (sur le modèle du G8), et de projets ciblés auxquels participeraient uniquement les Etats volontaires (les idées d'une agence de l'eau chargée de lutter contre la pollution en Méditerranée ou d'une agence pour le développement des petites entreprises ont été évoquées). L'accueil reste assez mitigé sur les deux rives de la Méditerranée, autant par crainte de reproduire les erreurs qui ont conduit à l'échec du processus Euromed, que par peur d'une mainmise française sur le projet.

Il faut dire que le contexte politique a pronfondément évolué par rapport au lancement d'Euromed en 1995. A l'époque, les relations israélo-palestiniennes, suite aux accords d'Oslo, semblaient permettre le lancement d'un processus ambitieux concernant l'ensemble des pays riverains. Pourtant, assez rapidement, avec l'assassinat de Rabin et le retour du Likoud au pouvoir, la machine s'est grippée, et quasiment tout le volet politique du processus de Barcelone est tombé à l'eau, les accords bilatéraux reprenant le dessus sur le cadre multilatéral. Depuis, de la deuxième Intifada à la logique de guerre contre le terrorisme post-11 septembre, le contexte politique s'est encore plus tendu. Il est devenu difficile d'imaginer un vaste cadre multilatéral qui puisse déboucher sur du concret. D'où, sans doute, le recentrage sur des projets particuliers de la proposition française.

La situation économique ne se porte pas forcément mieux. Depuis 1995, la part des échanges inter-méditerranéens dans le commerce mondial a ainsi diminué. On est encore loin de l'objectif d'une zone de libre-échange méditerranéenne initialement prévue pour 2010. De plus, la part des échanges des pays de la rive Sud entre eux ne représente que 6 à 7% de leur commerce international. La relation commerciale - et donc politique - est essentiellement verticale, entre rive Nord et rive Sud. Le processus de Barcelone entendait y remédier, mais a échoué par le caractère le plus souvent à sens unique des propositions élaborées (financement conditionnel des paquets MEDA - 10 milliards d'euros sur 12 ans, accords commerciaux préférentiels verticaux...).

Le projet de Nicolas Sarkozy - qui entrevoyait dans son discours de Madrid les raisons des difficultés d'Euromed - pourra-t-il aider à inverser la logique actuelle des relations au sein du bassin méditerranéen ? L'idée de reprendre les coopérations par la base - autour de projets concrets - plutôt que d'imaginer un nouveau "rêve" grandiose qui résoudrait toutes les questions à la fois peut paraître un gage de sérieux. Comme si au discours de campagne, sans doute d'inspiration guainiste (la pique contre l'élargissement à l'Est en atteste quand on connaît le personnage), avait succédé une approche plus réaliste, reprenant une démarche fonctionnaliste qui a finalement mieux réussi à l'Europe que les grands projets trop parfaits. Reste à espérer que la recherche de visibilité médiatique contenue dans le gadget du G-Med ne prendra pas le pas sur les coopérations plus concrètes et moins ambitieuses.

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04 décembre 2007

(In)utilité du référendum

En focalisant la discussion sur les légitimités respectives de la représentation nationale et de l'outil référendaire, le débat sur le mode de ratification du Traité de Lisbonne oublie bien souvent un acteur essentiel de l'affaire : le Président de la République. C'est en effet lui, de par sa fonction, qui décide du mode retenu. L'utilité doit donc plus s'analyser de son point de vue que de celui du peuple.

On accuse souvent les électeurs de répondre à côté de la question posée, mais c'est dans la logique même de nos institutions qui font du référendum un outil rare, soumis au bon vouloir du prince. Celui-ci doit donc, avant tout, voir dans l'organisation d'un référendum une manière de satisfaire son propre intérêt. Pour rester sur le sujet européen, Mitterrand comme Chirac avaient fait le calcul d'une relégitimisation en cours de second mandat, qui leur permettrait en sus de diviser le camp adverse (leur présence à l'Elysée devant assurer une plus grande unité de leur propre camp). Le sujet divise certes chacun des deux camps, mais en 1992 la grosse fracture traversait ainsi la droite alors qu'en 2005 elle se situait à gauche. Ca a marché de justesse pour Mitterrand en 1992, et plus du tout pour Chirac en 2005 (mais ça a permis à la droite de se maintenir au pouvoir en 2007). Question de changement d'époque plus que de supériorité stratégique* sans doute (en 1992, on croyait encore un peu au "rêve" européen).

Fraîchement élu, Nicolas Sarkozy n'a aujourd'hui aucun intérêt à organiser un nouveau référendum. L'opposition n'en est qu'aux balbutiements de sa recomposition, et il n'a pas encore à l'esprit sa sortie du pouvoir. Qu'y gagner, ne serait-ce que potentiellement ? Qu'y perdre, à coup quasi sûr ? La balance, et le choix, sont vite faits. 

Il n'y a pour autant aucune raison de s'en réjouir. D'un point de vue européiste, ça ne résout en rien la crise qui se cristallise dans la distance croissante entre les citoyens et les institutions européennes. Bien au contraire. Mais, pour que l'outil référendaire puisse y aider, il faudrait sans doute commencer par en changer sa propre fonction en France. Le rendre plus fréquent, et d'origine populaire. L'inverse, ce serait mettre la charrue avant les boeufs.

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(*) Sauf à supposer que la prise en compte du contexte idéologique est un élément essentiel d'une bonne stratégie politique, évidemment...

01 décembre 2007

La quadrature du centre

Dans une interview mélancolique accordée au Monde pour expliquer sa démission du Parlement européen, Jean-Louis Bourlanges dresse le constat suivant : "Je ne me reconnais dans aucun des partis en concurrence. Ma famille politique, "sociale, libérale et européenne", qui a fait pendant vingt ans jeu égal avec le parti chiraquien, gît désormais à terre, tronçonnée en trois morceaux inanimés : entre l'UMP, le MoDem et le Nouveau Centre, les enfants de l'UDF n'ont le choix qu'entre une reddition, une secte et un camp de réfugiés."

Suite à ma note précédente, Authueil rebondit sur l'utilité d'un pôle autonome de l'UMP au sein de la droite. Il en dresse un portrait-robot conditionnel : "Mais pour que cela fonctionne, il faut que ce parti soit clairement ancré à droite, avec un vrai corpus et une différence marquée avec l'UMP sur le plan des idées et surtout, une réelle indépendance vis-à-vis de son partenaire."

Dans son discours fondateur du MoDem, François Bayrou déclare aujourd'hui : "Entre le pouvoir actuel, dont beaucoup commencent à mesurer que les promesses qu'il avait faites sont très éloignées de la réalité, et dont les valeurs méritent discussion, et un PS qui représente un puissant réseau d'élus mais qui n'a plus de message compréhensible pour les Français, il y a beaucoup d'interrogations, de lassitude et peut-être de désespérance."

Ces trois constats témoignent tous plus ou moins de la même chose : il y a une place, mais personne ne sait plus comment l'occuper. Obnubilé par cet espace laissé vacant, le raisonnement purement stratégique semble avoir pris le pas sur la définition d'une identité politique positivement construite. Le discours de Bayrou est symptomatique : il ne peut proposer qu'un renouveau conditionné par les déceptions engendrées par ses rivaux. Il n'y a quasiment plus trace, chez lui, d'un discours offensif sur l'Europe fédérale, sur les valeurs démocrates chrétiennes, sur le libéralisme tempéré, bref tout ce qui faisait grosso-modo l'identité de l'UDF. Authueil pense que le MoDem remplit deux des trois conditions qu'il expose (indépendance de l'UMP et corpus idéologique distinct), mais je ne suis pas sûr que ce soit toujours le cas pour le second élément. Faire travailler ensemble les meilleurs, vouloir abolir la frontière entre majorité et opposition, ça ne dit finalement pas grand chose sur l'objectif commun fixé.

Sinon, l'allusion au puissant réseau d'élus socialistes c'est un appel du pied pour les municipales ou je n'ai rien compris ? 

29 novembre 2007

Recréer l'UDF

En 2002, Jacques Chirac a voulu la création de l'UMP pour mettre fin à la division bipolaire de la droite de gouvernement, entre RPR et UDF, qui a marqué la période 1978-2002, dominée par la gauche. Cette situation confuse entre alliance et concurrence était en effet jugée par l'ancien Président de la République comme un obstacle pour la droite sur la route du pouvoir. Si l'UDF n'a pas complètement disparu du paysage par la croyance de François Bayrou en son destin personnel, le résultat de l'opération a plutôt été une réussite. Je suis même persuadé, pour ma part, que l'existence de l'UMP est l'une des deux principales raisons de la large victoire de Nicolas Sarkozy en mai dernier (l'autre étant le référendum de 2005 qui a tué la gauche). Avec un appareil de militants et d'élus efficace mobilisé pour l'écoute de l'électorat de droite, Nicolas Sarkozy a pu effectuer un travail précieux de remonter d'informations et d'élaboration du programme à travers différentes conventions thématiques. Le genre d'élément qui permet de mobiliser les quelques pourcents qui feront la différence à l'arrivée. Surtout quand le camp d'en face en est dépourvu.

Les élections du printemps dernier ont néanmoins souligné, par le score de François Bayrou au premier tour, qu'une frange de l'électorat à droite du Parti Socialiste ne se retrouvait pas complètement dans les idées défendues par l'UMP. D'où la politique d'ouverture pratiquée par le chef de l'Etat. Et d'où, aujourd'hui, l'apparente volonté de faire émerger tout un lot de petites formations associées à l'UMP mais indépendantes de celles-ci : le Nouveau Centre d'Hervé Morin, Gauche Moderne de Jean-Marie Bockel, Les Progressistes d'Eric Besson, le Parti Radical de Jean-Louis Borloo (passé maître dans l'art du recyclage à son nouveau poste ministériel ?) et quelques clubs plus ou moins structurés. Une situation qui n'est pas sans rappeler celle de la droite non-gaulliste avant la création de l'UDF par Giscard en 1978. 

L'UDF, à l'origine, était en effet une confédération de partis pré-existants comme les chrétiens-démocrates du CDS, les libéraux des Républicains et Indépendants, les radicaux valoisiens (déjà) et quelques organisations social-démocrates. Leur union devait permettre au Président de peser face au principal parti de sa coalition gouvernementale, le RPR. C'est là une des limites de l'analogie, puisque Nicolas Sarkozy est issu de l'UMP, même s'il donne parfois le sentiment d'accorder aujourd'hui plus d'attention à ces mouvements d'ouverture qu'aux députés issus des mêmes rangs que lui.

Les membres de cette nébuleuse déstructurée commencent à évoquer, à demi-mots, l'idée de collaboration, voire de confédération. Ce qui boulerverserait quelque peu l'équilibre de la majorité présidentielle. En semblant encourager ces initiatives, Nicolas Sarkozy ne court-il pas le risque de relancer la machine à diviser à droite (surtout que dans une telle configuration les clivages profonds qui opposent les cultures orléaniste et légitimiste retrouveraient des réceptacles naturels) ? Authueil s'est fait une spécialité récente de mettre en garde le gouvernement et le Président de la République face à leur manque d'écoute des députés UMP. Avec l'avenir qui se dessine, je lui trouve un petit côté Cassandre. Pas vous ?

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Bonne résolution en avance sur la nouvelle année pour ce blog : plus de notes, plus de politique. Tiendrai-je ?

27 novembre 2007

Le retour du hooligan

J'ai découvert Norman Manea à travers un film : Dieses Jahr in Czernowitz, documentaire du réalisateur allemand Volker Koepp - lui-même découvert à travers l'évocation de l'un de ses précédents documentaires, Herr Zwilling und Frau Zuckermann dans Lisières d'Europe, récit-voyage de Guy-Pierre de Chomette et Frédéric Sautereau sur la nouvelle frontière orientale de l'Union européenne. Le documentaire en question était l'occasion pour plusieurs personnes juives - célèbres et anonymes - de revenir en Bucovine, terre de leurs ancêtres ou de leur enfance, et notamment dans sa capitale Czernowitz, aujourd'hui Tchernivtsi en Ukraine (et Cernauti en Roumanie dans les année 20, quand Paul Celan y vit le jour). J'ai alors lu Le bonheur obligatoire, recueil de nouvelles écrites au temps de Ceaucescu. Mais c'est le titre d'un ouvrage plus récent du nobélisable roumain qui me vient à l'esprit à la lecture de la tribune publiée hier par Le Monde : Le retour du hooligan. Poil à gratter, en exil, de la mémoire collective roumaine - encore et toujours - Manea revient dans ce livre sur "une vie" (sous-titre du bouquin), sous la forme de souvenirs plus que d'une véritable autobiographie. Le déclencheur d'écriture a été son retour temporaire en Roumanie en 1997 - et le traitement toujours ambigu qu'il reçoit de la part de ses concitoyens, même démocrates d'aujourd'hui : il reste un Juif, un exilé, et celui qui a osé s'attaquer à la figure de Mircea Eliade en révélant ses liens avec la Garde de Fer dans les années 30. Celui qui empêche la victimisation de la mémoire collective.

Dans cet article du Monde, Manea profite du fait divers* qui a déjà fait couler beaucoup d'encre en Roumanie et en Italie (et entraîné la dissolution du groupe d'extrême droite au Parlement européen : xénophobes de tous les pays, unissez-vous ?) pour attirer l'attention sur le sort des Roms en Europe et la nécessité de penser à ce niveau, plutôt qu'aux seuls niveaux nationaux, la question de leur intégration à la société et de leur développement économique. Un sujet qui n'est pas idéal pour s'attirer les bonnes grâces de ses concitoyens. Capacité d'indignation maintenue et sens de la nuance quant aux difficultés et problèmes réels, c'est sans doute à cela qu'on reconnaît un esprit humaniste.

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(*) Nouvelle Europe, comme d'hab', a un article intéressant sur le fait divers en question et ses conséquences sur la libre-circulation des personnes dans l'UE. 

Mémoires d'Est, mémoires d'Ouest

Passionnant Café européen hier soir à l'Ambassade d'Estonie organisé par Nouvelle Europe. Comme chaque mois, le café faisait suite à la parution d'un dossier sur le site de l'association. Pour cette édition de novembre, le thème, fortement d'actualité d'un bout à l'autre du continent, en était les politiques de la mémoire. Trois intervenants, parfaitement complémentaires, se partageaient les interventions : Georges Mink, politologue d'origine polonaise et spécialiste de ces questions, Marek Tamm, historien estonien, et Brice Couturier, animateur du Grain à moudre sur France Cul. Du fait des intervenants et des sujets de prédilection de l'association, l'Est du continent était plus particulièrement mis à l'honneur. Il y aura certainement très prochainement un résumé complet des débats sur Nouvelle Europe, mais en voici - en avant première ! - quelques points marquants relevés un peu en vrac (il faudra que je pense à prendre des notes la prochaine fois).

Brice Couturier, s'appuyant sur quelques citations extraites de Danube de Claudio Magris (acheté hier soir en rentrant, merci Price Minister), a tout d'abord insisté sur une perception différente du déroulement du temps historique entre l'Est et l'Ouest du continent. Les identités nationales de l'Ouest du continent sont construites sur des mémoires collectives de vainqueurs : s'y est développée une vision hégélienne de l'histoire, perçue comme lieu du dévoilement de la vérité. A l'Est, au contraire, les identités nationales se sont le plus souvent fondées sur des mémoires de peuples vaincus, victimes des aléas de l'histoire et de la décomposition des grands empires. La notion de vérité historique est beaucoup moins prégnante, laissant place à l'ironie, au scepticisme et à la pluralité des réalités.

Vient s'ajouter à cette situation de départ un vécu très différent de la seconde guerre mondiale. A l'Ouest, de par sa brièveté (relative), elle apparaît dans l'inconscient collectif comme une parenthèse dans un déroulement progressif - et progressiste - du temps historique. Même en Allemagne, un discours de la libération et du retour à la normal s'est ainsi développé. A l'Est, en revanche, la fin de la seconde guerre mondiale est synonyme d'une nouvelle défaite, et d'une nouvelle occupation. Marek Tamm faisait d'ailleurs remarquer que pour beaucoup d'Estoniens, la seconde guerre mondiale ne s'était en fait achevée qu'en 1991. La représentation du temps qui en découle en est donc particulièrement différente.

A la question de savoir pourquoi il n'y avait pas eu d'équivalent des commissions Vérité et Réconciliation dans l'Europe post-communiste, Georges Mink a apporté des réponses instructives. Il a tout d'abord insisté sur le rôle des archives, très largement absentes en Afrique du Sud ou dans les ex-dictatures latino-américaines, alors qu'elles restent, même partielles, bien documentées en Europe de l'Est. Cette existence de preuves est un frein à un travail d'aveu et de pardon, et ôte la possibilité d'un traitement plus ou moins psychanalytique de la mémoire collective des crimes communistes. Parallèlement, il a évoqué un point sur lequel je reviens assez souvent dans l'analyse des scènes politiques post-communistes : le rôle de la sortie, plus ou moins négociée selon les pays, du communisme. Dans le cas polonais, la Table Ronde a débouché sur la politique du gros trait de Mazowiecki. Les dissidents acceptaient le recyclage social-démocrate de la Nomenklatura pour sortir de manière apaisée du communisme. Cette politique explique d'ailleurs aujourd'hui l'utilisation faite par la droite polonaise, des frères Kaczynski mais aussi en grande partie de la Plateforme Civique de Donald Tusk, de la question de la mémoire de la période communiste : il s'agit d'utiliser politiquement le sujet pour s'attirer les votes de ceux qui se perçoivent comme les perdants - économiques ou idéologiques - de la transition. Marek Taam a lui évoqué le caractère en partie international de cette mémoire, avec l'aspect des relations à la Russie et l'absence de possibilité d'un dialogue avec l'ex-grand frère, faute de véritable travail parallèle sur le sujet en Russie.

S'appuyant sur un livre dont je n'ai pas retenu l'auteur (mais il s'agit sans doute de celui-ci ; perdu, il s'agissait de celui-là ; merci Aymeric pour la précision), Brice Couturier a par ailleurs insisté sur la substitution post-moderne de la victime au héros, qui s'est d'abord déroulée en Occident et qui gagne progressivement les débats identitaires en Europe orientale. Ce phénomène tend a encourager une concurrence mémorielle, notamment avec la mémoire juive, sur le thème de "chacun sa Shoah". Source de crispation identitaire - et d'antisémitisme - un peu partout sur le continent européen (comment interpréter autrement la dérive de Dieudonné au passage ?).

Georges Mink a lui évoqué l'utilisation politique de l'externalisation de la mémoire - son transfert sur la scène diplomatique européenne et mondiale - et ses limites. Il a pris l'exemple du gouvernement hongrois qui avait organisé de nombreuses commémorations de l'insurrection de 1956 à l'étranger pour essayer de gagner en visibilité sur la scène européenne et mondiale, mais qui avait dû faire face en retour à une récupération intérieure du sujet par l'opposition de droite. Il a aussi évoqué l'utilisation comme argument de marchandage et de concession du sujet par le gouvernement polonais de Jaroslaw Kaczynski au niveau européen, manière de souder le peuple polonais - par l'agitation de symboles évocateurs forts - derrière leurs objectifs beaucoup plus politiques lors de négociations au niveau européen. Il a en revanche nuancé l'utilisation de cet argument dans le cadre des relations russo-polonaises, de fait beaucoup plus marquées par la question énergétique.

Enfin, Brice Couturier a rapporté une anecdote amusante - et aussi un peu glaçante - à propos d'Alain Lamassoure. Lors d'un colloque auquel ils participaient tous les deux, il avait entendu Lamassoure répondre à un collègue polonais qu'en entrant dans l'UE son pays devait "oublier son histoire et sa géographie". L'animateur de France Culture concluait que c'était sans doute l'un des enjeux majeurs de l'entrée des pays post-communistes dans l'UE : l'impossibilité, désormais, d'échapper à cette question de la mémoire, et donc la fin d'une vision purement constructiviste, tournée vers le futur et blanche de tout passé, de l'UE. Il s'en réjouissait, ce avec quoi on ne peut être que d'accord.

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A lire en complément, outre le dossier de Nouvelle Europe naturellement, un article de Georges Mink paru sur Telos il y a quelques mois (et en version un peu plus développée dans Le Monde). 

19 novembre 2007

Alice in Wonderland

Un bon syndicaliste est un syndicaliste mort. Ou un activiste irréductible qui refuse toute idée de compromis. Qui entend encore François Chérèque dans ce contexte ?

Nous vivons dans un pays merveilleux. A une extrême gauche politique et syndicale qui souhaite détourner et amalgamer des mouvements sociaux sur des sujets divers en un vaste front du refus du réel au détriment de syndicats acceptant la nécessité d'une réforme pour peu qu'elle soit négociée et objet de compromis répondent de délicats manifestants indépendants criant à la "dictature syndicale" et qui ne se représentent la France que sous la coupe d'un "fascisme de gauche". 

La manif' de droite - terme désormais consacré - organisée ce dimanche par quelques post-adolescents mal désidéologisés qui se plaisent à entretenir au-delà de leurs études les guéguerres civiles des syndicats étudiants a quelque chose de profondément comique. Et heureusement. Parce que sans cela, elle serait particulièrement affligeante.

On pourra toujours objecter - c'est très pratique, et vice-versa - qu'il y a de beaux crétins en face qui se voient déjà à la tête d'une avant-garde éclairée par leur action plagio-68arde face à la réformette de l'autonomie des universités.

[oui, je sais, c'est encore plus pratique de se la jouer centriste en renvoyant tout le monde dos à dos, mais on ne se refait pas : soc-dem un jour, soc-dem...

Tout cela tient sans doute du rite de passage vers la vie politique adulte. Le problème, c'est que la France semble se complaire dans un état d'adulescence permanent en matière sociale, entretenu par des partenaires qui y trouvent bien souvent leur compte (y compris le gouvernement pour montrer la difficulté de la réforme et ainsi entretenir un discours victimaire lui permettant de fuire ses responsabilités).

Dans un tel contexte, François Chérèque est au choix soit un social-traitre acceptant de discuter de questions concrètes avec un gouvernement honni par nature, soit un gauchiste attaché à l'action syndicale (mais quel ringard !) elle aussi honnie par nature. Qui prend encore la peine de l'écouter, franchement ? Pourtant, ce qu'il a à dire, n'est pas dénué d'intérêt - on n'ose parler de bon sens (in Le Monde, ou sur France 2 ce soir) : "Aujourd'hui, on est dans une situation assez étonnante : on fait une grève pour attendre une négociation qui a lieu dans deux jours". Il y a eu "une coproduction pour déclencher cette grève", avec "un gouvernement qui nous avait annoncé (...) dès le 29 octobre : il y aura une deuxième grève, mais elle ne sera pas longue". "Et maintenant, le gouvernement, avec les syndicats les plus durs de la SNCF, organise la jonction avec la journée d'action des fonctionnaires". Les syndicats les plus radicaux veulent "faire un mouvement politique", et "le gouvernement est intéressé par ce mouvement politique", car "il est plus facile pour le gouvernement d'avoir ce mouvement globalisant et politique que de répondre demain concrètement aux problèmes des fonctionnaires et de leur pouvoir d'achat".

C'était la minute "coup de gueule centriste". Vous pouvez reprendre une activité normale : Sarkozy faziste ! Syndicalistes fazistes ! Tous ensemble, tous ensemble, ouais, ouais !

[le pire, c'est que tout cela était fort prévisible

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