01 mai 2008
Copinage
C'est sans bruit (un 1er mai, quelle idée !) que nait aujourd'hui sans bruit, nouveau label de "creative music(s) and jazz" centré sur la publication d'enregistrements de concerts téléchargeables légalement sur internet. Les deux premières réalisations rappelleront de bons souvenirs à ceux qui étaient présents au Châtelet la première semaine de juillet 2006. Les concerts de Ran Blake et du duo Benoît Delbecq/Marc Ducret dans le cadre de feu le festival Bleu sur Scène ouvrent en effet le bal. Deux très grands moments de musique que l'on retrouve avec plaisir deux ans après. Côté prix, en plus, c'est très doux (5€ pour Ran Blake, 6€ pour Delbecq/Ducret). Aucune raison, donc, de ne pas se laisser tenter.
Quant à la suite, elle s'annonce déjà tout aussi passionnante et indispensable, avec un duo Stephan Oliva/Jean-Marc Foltz prévu pour l'été. Sans bruit... mais pas sans écho. On en reparlera.
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27 avril 2008
Three is a magic number
L'art du trio. Vaste sujet. Qui pour l'incarner mieux que Jimmy Giuffre ? Le saxophoniste et clarinettiste texan est mort cette semaine. Incarnation de l'autre face du free jazz. La face ouest, la face cool, la face chambriste. Européenne ? Et pourtant tellement nourrie de blues, de folk songs, des racines du sud-ouest américain, entre grandes plaines et voisinage mexicain. De The Three & The Two de Shelly Manne (dms), avec Giuffre et Shorty Rogers (tp), en 1954 à Free Fall de Giuffre, avec Paul Bley (p) et Steve Swallow (cb), en 1962, il y a une série de disques en trio qui n'a pas d'équivalent dans l'histoire du jazz. Une succession de formules originales, qui ouvrent grand les possibles d'un "jazz de chambre" alors en pleine invention : The Jimmy Giuffre 3, avec Jim Hall (g) et Ralph Pena (cb), Western Suite, avec Jim Hall et Bob Brookmeyer (tb), Fusion et Thesis, qui inaugurent, en 1961, l'association avec Paul Bley et Steve Swallow et plongent le cool dans l'improvisation collective. Tous indispensables. Tous tellement modernes encore aujourd'hui. La suite ne sera pas en reste, néanmoins. Les duos des années 80 avec André Jaume en témoignent. Giuffre était texan. Comme Ornette. Giuffre était un géant.
Jimmy Giuffre, Bob Brookmeyer, Jim Hall - The Train & The River - Newport Jazz Festival 1958
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01 janvier 2008
2007 dans le rétro
Soixante-dix huit concerts cette année. Tendance à la baisse, mais qui reste suffisamment soutenue pour m'avoir permis de voir et entendre de fort belles choses (des moins bonnes également). S'il ne fallait en retenir que l'écume mémorielle la plus vive, ce serait sans conteste l'Aquarius Ingress de Steve Coleman à la Villette en septembre, Vijay Iyer et Rudresh Mahanthappa en duo au Sunside en juillet, Myra Melford et Kartet se partageant l'affiche à la Dynamo en mai, Mephista au Triton en novembre, Anne Paceo en quartet au Duc des Lombards en mars, sans oublier la double soirée Masada à Barcelone en juin. Une année dominée par les ramifications foisonnantes de l'esthétique m-baso-haskienne donc, avec toujours un fort parfum de Downtown Scene, et une pincée de jeune scène française. Ce riche mélange se retrouve parmi la production discographique qui m'a accroché : revue du meilleur of 2007 en douze galettes (le classement n'est qu'alphabétique).
Airelle Besson / Sylvain Rifflet - Rockingchair - Chief Inspector
Le disque qu'on attendait de la part de Jim Black ! Jazz, post-rock et pop entremêlés, pour une musique parente de celle d'AlasNoAxis, mais en plus variée. Clarté des lignes d'Airelle Besson à la trompette, profondeur de chant de Sylvain Rifflet au sax et à la clarinette. A mi-chemin d'influences Downtown parfaitement assimilées et d'une scène française cross-over largement documentée par Chief Inspector : Limousine, Caroline, TTPKC, Camisetas... Le tout avec un sens des mélodies qui devrait pouvoir séduire au-delà des cercles jazz.
Steve Coleman - Invisible Paths : First Scattering - Tzadik
Steve Coleman sur Tzadik : premier évènement. Steve Coleman en solo : deuxième évènement. Le résultat est à la hauteur de cette double attente. Séparés temporairement du magma ryhtmique qui les accompagne habituellement, la phrasé et la justesse de Coleman sur l'alto font ici merveille. Si on y retrouve évidemment une science de l'architecture rythmique des morceaux poussée à l'extrême, c'est en effet la possibilité d'entendre la beauté du son du chicagoan dans sa plus simple expression qui finit par emporter l'adhésion. Très addictif.
Sylvie Courvoisier - Lonelyville - Intakt
Abaton + Mephista = Lonelyville. C'est ainsi que la pianiste suisse définit ce nouveau groupe. Soit la composition contemporaine et l'écriture pour cordes de son trio Abaton mêlées à l'improvisation sertie d'électronique de Mephista. En quintet, avec le violon de Mark Feldman, le violoncelle de Vincent Courtois, les machines d'Ikue Mori et la batterie de Gerald Cleaver, Sylvie Courvoisier propose quatre suites envoutantes entre lyrisme et bruitisme, mémoire classique et écoute de l'inouï.
Sylvie Courvoisier - Signs and Epigrams - Tzadik
Grande année pour Sylvie Courvoisier, avec également la parution de ce disque en solo enregistré pour Tzadik. Dix pièces pour piano : des études, des improvisations, des compositions qui explorent les possibles du clavier mais aussi des cordes et du cadre. Parfois préparé, le piano devient un orchestre à lui tout seul. On y retrouve l'attention toute particulière de Sylvie Courvoisier portée au silence, au moindre bruit, aux résonnances mémorielles, par delà le jazz et le classique.
Dave Douglas Quintet - Live at the Jazz Standard - Greenleaf Music
Le Quintet de Dave Douglas ne cesse de surprendre. Chaque disque semble un cran au-dessus du précédent. Il sera toutefois difficile de faire mieux que celui-ci, résultat (en deux CD) d'une semaine passée au Jazz Standard new-yorkais. Dave Douglas y a troqué pour l'occasion sa trompette pour le cornet, mais c'est la cohésion de l'ensemble, la fougue de Donny McCaslin au sax et l'incandescence de Uri Caine au fender rhodes qui font la véritable différence. Du jazz plaisir, dans la lignée du second quintet de Miles dans les 60s, mais avec un son résolument contemporain.
Dupont T - Spider's Dance - Ultrabolic
La moitié de Kartet avec Rudresh Mahanthappa ! Hubert Dupont, bassiste de Kartet fait ici équipe avec Yvan Robilliard au piano, Chander Sardjoe à la batterie et donc l'altiste new-yorkais. Les compositions de Dupont ont toujours été les plus évidemment groove de Kartet, on retrouve donc ici son écriture chaleureuse, imprégnée de références africaines et indiennes. Sardjoe et Mahanthappa sont les partenaires idéaux par leur alliage raffiné du langage jazz et de leurs racines indiennes. Accélérations et décélérations vertigineuses pour un festival rythmique impressionnant.
Kartet - The Bay Window - Songlines
Cinquième disque en dix-sept ans d'existence pour le groupe le plus passionnant des années 90-2000 de l'hexagonojazzosphère, qui, une fois n'est pas coutûme, commence par un standard : Misterioso de Monk. De quoi, immédiatement, saisir les spécificités du "son" Kartet et d'en comprendre les racines. Des morceaux courts, d'apparence limpide, qui révèlent petit à petit, au fil des écoutes, toutes les subtilités de leur charme complexe : science des rythmes et des vitesses, alliance critisalline des timbres, originalité du phrasé, sens de la retenue et maîtrise de la tension. Du grand art. Le meilleur disque de l'année. Et, pour bien commencer 2008, Citizen Jazz met en ligne une interview de Guillaume Orti.
Rudresh Mahanthappa - Codebook - Pi Recordings
Un son nerveux, new-yorkais. De la vitesse, de la puissance, une dose d'acidité, un langage rythmique simultanément complexe et plein de groove. On avait découvert Mahanthappa dans le quartet de Vijay Iyer. Pour ce disque, les rôles sont inversés : le saxophoniste est devenu leader et le pianiste intervient en soutien. François Moutin à la basse et Dan Weiss à la batterie complètent le casting. Il y a de l'urgence dans cette musique, mais pas seulement. On est loin du free hurleur, plutôt dans une descendance explosive de Steve Coleman. Qui brille de mille feux.
Myra Melford / Mark Dresser / Matt Wilson - Big Picture - Cryptogramophone
On est pris par l'énergie tourbillonnante du trio dès les premières secondes du disque. Malgré le classicisme de la formule (piano-basse-batterie), on est ici assez loin du prêt-à-jouer plein de joliesses qui fait trop souvent florès ailleurs. Myra Melford y ré-explore le champ de ses amours musicales : du blues au free, en passant par les mélodies orientales (le premier morceau a ainsi un passage très masadien). Mais, surtout, la pianiste n'est pas seule en scène. Elle n'est ni soutenue, ni accompagnée par Mark Dresser et Matt Wilson. Les rôles au sein du trio changent constamment et l'identité qui en résulte ne peut apparaître que comme le résultat d'un son de groupe. Une joie de jouer, ensemble, communicative.
Chris Potter Underground - Follow the Red Line, Live at the Village Vanguard - Universal
Quel groove ! Le Village Vanguard inspire décidément Chris Potter. Après le bouillonnant Lift, dans un style post-bop un poil plus classique, le ténor plonge dans l'électricité en compagnie de quelques figures de l'underground Downtown : Craig Tabon aux claviers, Adam Rogers à la guitare, Nate Smith à la batterie. Soient des compagnons de route de Tim Berne, David Krakauer ou Dave Holland. Le plaisir est constant tellement la puissance allègre de Potter emporte tout sur son passage. Un groove incroyable, des compositions à l'accent quasi pop (très abordables en tout cas) et des effets électrisants constants de Taborn et Rogers qui font monter très haut la sauce.
Print - Baltic Dance - Yolk
Des compositions bien charpentées alliées à un souci du groove : on est en pleine esthétique haskienne. Pas étonnant d'y retrouver Stéphane Payen tant le cousinage avec Thôt est évident. Les compositions de Sylvain Cathala font une belle place aux complémentarités de timbres du ténor et de l'alto, dans une écriture dominée par des soucis architecturaux et de jeu sur les vitesses. La progression des morceaux est ainsi bien souvent irrésistible. Le jeu tout en rondeurs de Jean-Philippe Morel à la contrebasse apporte même une dimension chaleureuse indispensable à ce groove intellectuel.
Yves Rousseau - Poète, vos papiers ! - Le Chant du Monde
La surprise de l'année. Reprendre Ferré, c'est casse-gueule. Je partais loin d'être convaincu d'avance. La qualité des musiciens présents, et notamment des deux chanteuses, Jeanne Added et Claudia Solal, m'a poussé à tenter ma chance. Le résultat est passionnant. Yves Rousseau a adapté des textes issus du recueil de poèmes Poète, vos papiers publié en 1956. Certains avaient déjà été chantés par Ferré, d'autres étaient restés inédits en chanson. Jeanne Added se distingue particulièrement dans son interprétation. Si on est loin de la grandiloquence ferréenne, on entend une voix qui puise son énergie vitale dans ses tripes. Et puis, à une époque où n'importe qui s'improvise chanteur, il n'est pas désagréable d'entendre des voix justes qui ne se contentent pas de se poser sur la musique, mais qui au contraire participent pleinement à l'élaboration de celle-ci.
Et pour vous, quelles ont été les grandes émotions musicales de l'année 2007 ? Et bien entendu, bonne année 2008 à tous !
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13 décembre 2007
So Lucky
So Lucky, de Noël Akchoté (guitares, électronique, chez Winter & Winter) : album idéal de Noël. Vingt airs en solo au plus près de l'air, du silence, du sexe. A ce point de douceur, franchement subversif. Si l'on ne vivait pas ce que l'on vit à chaque seconde maintenant, So Lucky devrait passer en boucle. So Lucky devrait être offert aux enfants, à l'omniprésent pour le calmer, égayer le sapin de Noël des maisons de retraite, se siffloter par les chemins.
Mais Akchoté, garçon surdoué né en 1968, libre, vous pouvez lui faire jouer En passant par la Lorraine ou Minuit chrétien, ça ne passera pas. Ça ne passera ni à la radio, la télé, on n'en parle même pas, encore moins dans les circuits qui écrasent, "mais de façon intelligente", dix onzièmes du son, le MP3. Pourquoi ? C'est comme ça. Ça ne passe pas dans l'oesophage de la machine mentale. Inquiétante étrangeté familière. Dans la jungle des CD en voie de disparaître, l'objet se signale d'abord par sa classe : cartonnage gaufré, couleur bleu de guesde, lettrage "à l'anglaise". Le répertoire ? Les chansons de Kylie Minogue, icône pop australienne. Tout à l'envers. Disque de guitariste ? Si seulement on pouvait dire "guitariste" comme on dit auteur, réalisateur ou biochimiste.
Ni à la radio, ni à la télé, mais dans Le Monde. Vous y croyez, vous ? Comme d'hab', Marmande agace (moins de moi je qu'à l'accoutumée ceci-dit) et fascine simultanément (Akchoté comme accroche de la chronique culturelle hebdomadaire du quotidien de référence). Bel éloge du dernier disque de Noël Akchoté donc - avant d'évoquer Stockhausen. En passant par la Lorraine, on n'en était pas loin sur Cabaret Modern, précédant concept album (gros mot) mené par le guitariste chez Winter & Winter (les plus belles pochettes de CD du marché) : On ira pendre notre linge sur la ligne Siegfried. Osé ? Et Maréchal, nous voilà ! alors ? Qu'est-ce qu'une mélodie populaire ? Qu'est-ce qu'un standard ? Qu'est-ce que le cabaret ? Qu'est-ce qu'être moderne ? Trop de questions. Peut-être quelques réponses dans une fantomatique version de Radioaktivität.
Akchoté poursuit le questionnement - à moins qu'il ne s'agisse que de plaisir - en reprenant des chansons de Kylie Minogue, seul à la guitare. Ce qui frappe, c'est la proximité de la prise de son, la mise en relief perfectionniste de chaque pincement sur les cordes. Un pur plaisir. Même sans connaître grand chose au répertoire de l'Autralienne. Avant-gardiste ? Pas tant que ça. Un disque de fan avant tout. Kylie Minogue n'est pas un prétexte. On sent l'amour d'Akchoté pour les chansons qu'il interprète. La musique coule. Surtout, elle reste des chansons. D'une douceur apaisante. Approche de la sérénité.
01:00 Publié dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Noël Akchoté, Kylie Minogue
05 décembre 2007
La Fontaine, reprise... ailleurs
La bonne nouvelle du jour, c'est le retour des concerts organisés par le Laboratoire de la création, plus d'un an après l'arrêt de la programmation à La Fontaine. Reprise en douceur pour quatre soirées en décembre, avant une programmation quotidienne à partir de janvier aux Disquaires, situés 6 rue des Taillandiers dans le 11e (proche Bastille). Un premier cadeau de Noël ?
22:18 Publié dans Musique | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : jazz
10 septembre 2007
Voyage trop probable
Jean-François Bizot s'en est allé. Issue trop probable d'un cancer qui le rongeait depuis quelques années. Trop jeune pour avoir connu Actuel, j'ai en revanche été nourri de Nova, à la radio et sur papier. Quasiment toute mon éducation musicale tient en ces quatre lettres. Le Hot Guide de Nova Mag a été, avant l'intrusion d'internet, la première boussole de mes virées concertantes. Les Voyages improbables, contés par Bizot et RKK, aiguisaient ma curiosité et m'ont sans doute aiguillé plus que toute autre chose vers le jazz, musique nouvelle et intéressante. Les nuits de Nova et leur programmation parfaite m'ont conduit à tester (et même un peu plus) la radio associative pendant trois ans. Le goût de dire la musique n'est sans doute pas étranger à mon utilisation des blogs aujourd'hui. Et puis, en vrac, le rap, l'électro, La Grosse Boule, Néo Géo, la sono mondiale, le jazz, la soul, le reggae, Paris, l'anecdote instructive au milieu du délire : un esprit. Merde. Bizot est mort, et c'est vraiment triste.
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04 septembre 2007
Citizen Jazz : édition du 3 septembre
Trois textes de ma plume dans la nouvelle livraison d'articles de Citizen Jazz :
- une chronique du disque "Lonelyville" de Sylvie Courvoisier
Bonne lecture.
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20 août 2007
John Zorn, le post-moderne
Tous les soirs de la semaine, de 23h à 1h, France Musique diffuse, dans Une touche d'été, un portrait musical de John Zorn. Dix heures à ne pas manquer !
France Musique, ca s'écoute ici ou sur le 91.7 FM en Ile-de-France. Et si vous ne pouvez pas l'écouter en direct, il y a possibilité de réécouter les émissions toute la semaine à tout moment sur le site de la station.
22:35 Publié dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : John Zorn
Max Roach, le moderne
A quand remonte la première fois que j'ai entendu Max Roach ? Je ne sais plus très bien. C'était peut-être bien sur Saxophone Colossus de Rollins. A moins que ce ne soit aux côtés de Monk, ou Mingus, ou Bird...
Peu importe. Pendant quelques temps, Max Roach n'était qu'un nom de batteur bop parmi d'autres. Qui revenait souvent, mais auquel je ne faisais pas plus attention que ça. Ma découverte du jazz se focalisait alors sur les "leaders" naturels : saxophonistes, trompettistes, pianistes. Jusqu'au jour où j'ai emprunté We Insist ! Max Roach's Freedom Now Suite à la médiathèque municipale. Subitement, Max Roach n'était plus un batteur, mais l'auteur d'un des disques qui m'a le plus marqué. Un sommet de musique afro-américaine (bien plus que de "jazz"), avec le chant d'Abbey Lincoln qui me paraissait anticiper de dix ans celui de Jeanne Lee sur Blasé de Shepp. Un disque qui dépassait les genres et autres chapelles auxquels on tient quand on commence à s'intéresser au jazz. Un disque à la musique terriblement ancienne et absolument moderne à la fois. Une richesse ryhtmique qui s'accompagnait d'une netteté, d'une clarté, qui m'a conduit à écouter les disques sur lesquels jouaient Roach d'une autre façon. Plus attentive au discours du batteur. Une attitude qui s'est étendue aux autres batteurs, qui a donc quelque part changé ma manière d'entendre la musique. J'ai alors entamé ma carrière de roachophile : le quintet avec Clifford Brown (sans doute mon groupe de bop préféré), le trio avec Ellington et Mingus et son équilibre errigé en modèle du jeu à trois, les disques du label Debut fondé par Roach et Mingus (dont The Quintet - Jazz at Massey Hall avec Bird, Dizzy, Bud Powell et les deux intéressés), les duos avec des héros de la free music à la fin des seventies (Braxton, Shepp, Cecil Taylor, Abdullah Ibrahim)...
Max Roach, c'était donc un style singulier, facilement identifiable, mais en même temps l'assurance d'éviter les redites. Il aura accompagné toutes les évolutions stylistiques du jazz de ces soixantes dernières années. La liste des musiciens avec lesquels il a joué suffirait à dresser une histoire quasi complète du jazz depuis la seconde guerre mondiale. Une histoire branchée sur l'autre histoire, politique, avec ses nécessités (les droits civiques, la lutte contre l'apartheid) et ses excès (le maoïsme affiché et assez tardif, fin 70s, des duo avec Shepp). Max Roach représentait l'une des dernières expressions de la modernité, comprise comme processus de progrès perpétuel (esthétique, politique...), qui s'est brisée avec l'essouflement du rêve révolutionnaire face aux révélations sur les totalitarismes rouges et avec le triomphe de l'éclectisme post-moderne qui a substitué l'esthétique du recyclage et du zapping à la recherche de l'épure.
Ecouter Max Roach, c'est nourrir cette nostalgie de la modernité. Une expérience pas si éloignée de la vibration que je ressens face à une toile de Malevitch ou une réalisation de Mies van der Rohe. L'élégance de la clarté. La netteté des lignes. L'évidence de l'équilibre.
Pour s'en convaincre, je ne saurais trop vous conseiller d'aller lire, et écouter, l'hommage rendu par Destination Out au batteur.
00:15 Publié dans Musique | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Max Roach, jazz
16 août 2007
Max Roach (1924-2007)
Ce n'est qu'un premier hommage. Plus, en mots, un peu plus tard.
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