04 mai 2008
Alexandra Grimal, résidence aux Disquaires
Reprendre le chemin du blog, retrouver le goût d'écrire sur la musique. Difficile. Après plus de trois ans à chroniquer un maximum de concerts, la sensation de s'être un peu usé, laissé prendre par des formules trop souvent répétées, est un frein non négligeable mis à l'envie moteur du départ. Pourtant, il y a comme un manque à ne pas coucher sur le papier-écran ne serait-ce que quelques lignes. Comme si le concert n'était pas tout à fait achevé. La mémoire de riches soirées sonores se nourrit de l'exercice de mise en mots qui leur fait suite. Alors, s'y remettre. Encore. Parce qu'il n'y a en fait pas d'alternative.
Pour replonger, rien de tel que la résidence actuelle aux Disquaires développée par une musicienne vue à de nombreuses reprises ses dernières années. Construction patiente d'un univers personnel particulièrement intéressant. Après le foisonnement tous azimuts qu'Alexandra évoquait dans l'interview qu'elle m'avait accordée pour CJ il y a un peu moins de deux ans, on sent aujourd'hui comme une phase de consolidation, du discours comme des groupes. Il y a certes toujours chez elle ce besoin de multiplier les projets et les rencontres, mais on perçoit désormais également la nécessité de stabiliser des collaborations, de développer sur le plus long terme un corpus de compositions qui forment à présent les bases d'une démarche singulière. Côté groupes, le quartet acoustique qu'elle forme avec Giovanni Di Domenico, Manolo Cabras et Joao Lobo comme le trio électrique avec Antonin Rayon et Emmanuel Scarpa ont désormais une existence pluri-annuelle qui en font les deux piliers-laboratoires de son univers. Au-delà de ces deux ensembles, il y a aussi quelques rencontres au long cours comme les échanges répétés avec Nelson Veras. On retrouvait ainsi le guitariste brésilien dans les deux concerts de l'actuelle résidence d'Alexandra auxquels j'ai assisté jusqu'à présent.
Tout d'abord, mercredi 23 avril, une rencontre avec la chanteuse Jeanne Added - autre jeune musicienne dont je pense le plus grand bien et déjà vue à de nombreuses reprises, de Bruit du [sign] en Poète, vos papiers, en passant par Vincent Courtois ou l'Ensemble Cairn. Pour l'occasion, nouvelles compositions pour un quintet qui outre les deux jeunes femmes comptaient en ses rangs Nelson Veras donc, mais aussi Joachim Florent à la contrebasse et Patrick Goraguer à la batterie. Une soirée pour le côté nouvelles rencontres.
Ensuite, vendredi 2 mai, un quartet avec toujours Nelson Veras et Patrick Goraguer, auxquels s'adjoignait Jozef Dumoulin au fender rhodes. Un groupe pour le côté approfondissement. Des musiciens croisés régulièrement ces dernières années, et un répertoire avec quelques compositions désormais familières (Elks around !), développées au sein du quartet acoustique.
Il y a des points communs aux deux concerts, comme le travail épatant sur le jeu de groupe, les jonctions entre les différentes phases d'un morceau, le fondu des solos dans une ambition plus collective. Les éléments rythmiques tirant sur un certain rock - pas si éloignés par exemple du Bruit du [sign] - apportés par le batteur forment un contraste saisissant avec le jeu souvent tout en retenue de Nelson Veras, guitariste de la surprise, qui lance des phrases inattendues, douces et liquides, et pourtant rythmiquement solidement charpentées (on ne joue pas avec Steve Coleman sans conséquence), ce qui crée un décalage onirique au sein de l'ensemble. Alexandra Grimal tire profit de ce paysage mouvant pour donner de l'épaisseur à ses compositions, sans nécessiter aucune esbrouffe ou débauche de puissance tapageuse. Elle privilégie les climats, dans la lignée (toutes proportions gardées) d'un Wayne Shorter autant nourri de ses expériences au sein de la machine hard bop d'Art Blakey que des lignes électriques de Weather Report. Goût de l'entre-deux qui débouche sur une démarche particulièrement en phase avec ce que le jazz contemporain propose de plus intéressant. La solidité du discours au soprano (le 2 mai uniquement) accentue bien entendu le parallèle.
Au-delà de ce fonds commun, chaque concert avait néanmoins ses particularités. Avec Jeanne Added, un brin d'espièglerie et pas mal de fraicheur. Avec Jozef Dumoulin, le plaisir des jouets électriques, du bidouillage des claviers et la recherche d'un développement très organique de la musique, bien au-delà de l'exposé successifs de solos et de thèmes. Sans oublier le plaisir d'entendre Alexandra au ténor et au soprano lors du deuxième concert. Et à chaque fois, la sensation d'assister à une oeuvre en phase "laborantine". Des projets mulitples développés sur trois mois aux Disquaires dans le but d'affiner, et affirmer, une démarche. Précieux. Pour ne pas louper là suite, commencez par cliquer.
A lire aussi :
- Jazzques, sur un récent concert à Bruxelles
- Thierry Quénum, sur le concert du 1er mai aux Disquaires
- Franck Bergerot, sur le concert du 2 mai aux Disquaires
23:45 Publié dans Concerts | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
30 mars 2008
Domaine privé Pierre-Laurent Aimard
La Cité de la Musique propose en ce moment un Domaine privé à Pierre-Laurent Aimard, pianiste habitué du répertoire contemporain, ancien membre de l'EIC et, entre autres, source d'inspiration des Etudes de Ligeti. Pourtant, les concerts programmés dans le cadre de ce Domaine privé ne se résument pas à la musique du XXe siècle. J'étais aux deux premiers concerts, mercredi et samedi, avec le regret de ne pouvoir assister aux suivants (notamment le beau programme Schumann / Kurtag avec Elena Vassilieva mardi), mais les débuts de trimestre ne sont pas propices aux sorties en semaine.
Mercredi, l'Orchestre National de Lyon (ville natale d'Aimard) mettait à l'honneur trois oeuvres ayant pour thème commun le mythe de Prométhée. Une façon, pour Aimard, de s'inscrire dans le cadre général de la saison de la Cité placée sous le signe du profane et du sacré. Titan qui défie les dieux et se met aux services des hommes, Prométhée résume bien les tensions entre ces deux thèmes, mais est aussi une figure complexe, que chaque époque aborde différemment. Ainsi Beethoven, dans ses Créatures de Prométhée, une oeuvre assez précoce (1801) destinée à un ballet, met en avant, encore plein de l'esprit des Lumières, la gloire du créateur, de celui qui domine le feu et établit un nouvel ordre du monde centré sur l'homme. Un siècle plus tard, Scriabine, dans son Poème du feu (1911) pour piano et orchestre, s'attache plus à celui qui défie l'ordre ancien, qui se dresse seul face aux dieux de l'Olympe. Le piano semble ainsi lutter contre l'orchestre pour faire entendre progressivement une voix indépendante, émergeant du chaos initial pour finir dans une gloire pleine de lumière (à l'origine la pièce a été composée pour un clavier de lumière qui associerait chaque note à une couleur). A la fin du XXe siècle, Luigi Nono dans son Prometeo (1985) prend le contrepied de la tradition classique liée au mythe en proposant une musique toute en pianissimo ("le plus pppppp possible"), qui semble voir avant tout dans le Titan l'être condamné à perpétuité, qui voit son foie sans cesse repousser pour être dévoré par un aigle. Créateur, révolté, condamné, ces trois visions de Prométhée en disent long sur l'air du temps de chaque époque.
L'oeuvre de Nono est vraiment formidable. Assisté par la réalisation électronique de l'Experimentalstudio für akustische Kunst de Fribourg-en-Brisgau, l'Orchestre de Lyon est réparti en quatre endroits de la salle : un groupe sur scène, et un à chacun des trois balcons qui forment le premier étage de la salle. Ainsi spatialisée, la musique n'a pas besoin de déployer la grosse mécanique pour immerger les spectateurs dans une successions de vagues sensibles jouées à des niveaux sonores très faibles. Quatre chanteurs, deux récitants, et trois solistes (flûte basse, clarinette contrebasse et euphonium ou tuba) tissent une musique d'une extrême sensibilité, pleine de bourdonnements, de résonnances et de plaintes extatiques qui revisitent des pans entiers de la culture occidentale (des textes d'Hölderlin, Goethe, Sophocle, Eschyle...). Le traitement des voix est particulièrement somptueux, comme des cris étouffés, que viennent juste souligner les vibrations de la clarinette contrebasse ou les stridences répétitives des cordes. La force de Nono, et de l'interprétation, est d'insufler une vraie sensibilité à cette musique qui pourrait facilement être formaliste. Belle expérience et grande chance de pouvoir entendre ça dans une salle aux dimensions idéales (ni trop grande, ni trop petite).
Samedi, Pierre-Laurent Aimard est seul sur scène pour interpréter l'intégralité de L'Art de la fugue de Bach. J'ai encore peu de références pour comparer son interprétation. L'ordre des fugues et canons ne suit pas tout à fait la numérotation, mais conserve quand même la trame générale d'une complexité croissante. Le contrepoint XIV laissé inachevé par Bach est stoppé net au moment de l'interruption de la partition. J'ai pris beaucoup de plaisir à découvrir l'oeuvre comme un tout qui fait sens au-delà de chacune des fugues. L'interprétation souligne la beauté mécanique de l'écriture tout en évitant d'en faire un règlage d'horlogerie. Envie de prolonger l'écoute sur disque désormais, pour poursuivre l'exploration conjuguée des mondes de Bach et d'Aimard (puisque j'ai jusqu'à présent surtout des oeuvres vocales du premier, et du répertoire contemporain du second).
22:14 Publié dans Concerts | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
09 mars 2008
One Down, One Up
Brad Mehldau Trio, Salle Pleyel, vendredi 7 mars
Mes relations compliquées avec le jazz à Pleyel se poursuivent. Cette fois-ci je suis même parti avant la fin, tellement le propos lénifiant de Mehldau me gonflait. Le pianiste semble s'être laissé enfermer dans ses propres clichés, s'auto-caricaturant trop souvent. Des morceaux interminables, des thèmes pop dont toute profondeur semble absente, des effets au romantisme surappuyé, bien peu de choses à se mettre sous la dent finalement. Les quelques emballements au détour d'un morceau ne duraient guère : deux minutes qui laissaient entrevoir un grand pianiste au milieu de tunnels sans fin. Jeff Ballard à la batterie n'était pas plus intéressant que le leader. Trop de cymbales tuent la batterie ! La légèreté recherchée devient vite très pesante. Seul Larry Grenadier à la contrebasse sortait du lot avec quelques interventions lumineuses. Les seuls disques de Mehldau que je possède ont une dizaine d'années (les volumes 1 et 3 de The Art of the Trio, de 1997 et 1998) et j'étais resté sur quelque chose de beaucoup plus intéressant, nourri par une esthétique réformiste par rapport aux canons du trio jazz. Aujourd'hui, il n'en reste que quelques vestiges dans le jeu du pianiste, derrière une montagne de clichés qui semblent, qui plus est, recherchés.
John Hollenbeck, Theo Bleckmann & le Big Band du CNSMDP, Cité de la Musique, samedi 8 mars
Là aussi, je suis parti avant la fin (à l'entracte). En revanche, je serais bien resté un peu plus si je n'avais dû me rendre au concert de l'Ensemble Cairn à l'Atelier du Plateau (chronique à venir sur Citizen Jazz). Dans le cadre des journées portes ouvertes du Conservatoire de Paris, les élèves de la classe de jazz accueillaient le batteur John Hollenbeck et le chanteur Theo Bleckmann. Les compositions étaient signées Hollenbeck, tête pensante du formidable Claudia Quintet, et recellaient leur lot de magnifiques subtilités. Le premier morceau voyait ainsi Theo Bleckmann littéralement gazouiller en contrepoint d'arrangements de cuivres très naturalistes. Il y avait comme des échos du travail de Maria Schneider dans l'écriture. La suite correspondait plus aux idées développées dans le cadre du Claudia Quintet, avec les possibilités démultipliées d'un grand ensemble. Les techniques vocales assez particulières de Bleckmann, entre clarté évanescente et bruitages accidentés, s'accordaient parfaitement aux complémentarités de timbres des piano, vibraphone, flûte et cuivres présents, le tout soutenu par une rythmique ludique et inventive menée par Hollenbeck. On entendait une véritable recherche des finesses d'écriture que permet un big band, bien loin de la seule puissance cuivrée. De quoi aiguiser la curiosité pour le disque du John Hollenbeck Large Ensemble sorti en 2005. Les élèves du CNSMDP, dont certains déjà entendus ou vus de-ci de-là (Eve Risser, flûtes et claviers, Simon Tailleu, piano, Quentin Ghomari, trompette, Stephan Caracci, vibraphone), menés par François Théberge, ont su magnifiquement servir la musique d'Hollenbeck, sans esbrouffe et avec une belle attention portée au son d'ensemble de l'orchestre.
Puisque j'en suis à évoquer Theo Bleckmann, je ne saurais trop conseiller son disque Berlin - Songs of love and war, peace and exile, sorti récemment chez Winter & Winter (encore et toujours), avec le pianiste Fumio Yasuda et un quatuor à cordes. Il y a toujours eu un petit côté cabaret weimarien chez Bleckmann qui colle parfaitement à ces chansons essentiellement signées Eisler/Brecht. Le dandy new-yorkais (né à Dortmund) s'approprie ces refrains plus ou moins célèbres, les fait entrer dans son univers particulier, et les incarne finalement bien mieux qu'une interprétation plus fidèle. De quoi apporter un peu plus la preuve qu'il y a un lien toujours fécond entre le monde culturel centreuropéen de l'entre deux guerres et le New York Downtown d'aujourd'hui (oui, c'est une obsession).
18:58 Publié dans Concerts | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
29 février 2008
Hank Roberts, Marc Ducret, Jim Black à La Dynamo
Le rare (sur les scènes françaises) Hank Roberts était hier soir à La Dynamo avec son nouveau trio composé de Marc Ducret et Jim Black. Trois timberniens, mais pas que. Magnifique concert au confluent, ou au-delà, des genres. Un début comme une matière brute - puissante, obsédante, grasse, touffue - sculptée progressivement au fil du concert, polie à l'aide d'outils rock, folk et pop. Le premier morceau présentait une matière sonore en ébullition, entre effets percussifs répétés de Ducret à la guitare, puissance du va-et-vient de l'archet de Roberts sur le violoncelle et foisonnement de la batterie de Black. Puis, petit à petit, Hank Roberts s'est mis à fredonner des airs évanescents, ponctuant de pizzicati délicats des morceaux qui s'apparentaient de plus en plus à des chansons. Marc Ducret ne jouait pas au guitar hero, se fondait dans la musique du violoncelliste, mimait de tout son corps, de tout son visage, les effets qui sortaient de son instrument. Une ponctuation particulièrement expressive et vivante. Jim Black mêlait à l'efficacité rock des sonorités de jouets, des effets électroniques et des gling-gling qui lui sont propres. Après la douceur des vastes paysages américains qu'elle semblait décrire, la musique s'est affirmée, tout comme la voix frêle mais bien présente du leader, pour finir à nouveau vers quelque chose de plus brut, mais empruntant cette fois-ci plus au rock qu'aux musiques improvisées du début de concert. Un concert comme un voyage, qui a suivi une vraie progression logique. Un résumé de la vie musicale d'Hank Roberts, entre les étendues du Midwest de son enfance et le mélange des genres de la Downtown Scene new-yorkaise. Le trio sort ces jours-ci un disque, Green, chez Winter & Winter. Bel objet sonore, bel objet tout court, comme toujours sur le label munichois.
16:30 Publié dans Concerts | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : jazz
10 février 2008
Revival free
Double hommage à Albert Ayler hier soir à la Cité de la Musique dans le cadre du cycle consacré au jazz mystique. D'abord une commande conjointe de Banlieues Bleues et de la Cité confiée à Laurent Bardainne, puis le groupe Spiritual Unity conduit par Marc Ribot.
Le projet mené par Laurent Bardainne avait suscité quelques vifs débats l'année dernière lors de sa présentation dans le cadre du festival Banlieues Bleues. J'y allais donc un peu méfiant et conditionné. Le début du concert m'a donc plutôt agréablement surpris. Bardainne débute seul en piste, lente montée au saxophone, qui ne cherche pas à singer le style d'Ayler. Ca commence comme ses solos au sein de Limousine pour finir dans la fureur de son duo avec Philippe Gleizes, qui le rejoint d'ailleurs sur scène. L'arrivée de Vincent Taeger en deuxième batteur accentue la puissance qui se dégage alors de la musique. Nicolas Villebrun à la guitare et Arnaud Roulin aux claviers rejoignent à leur tour le groupe pour l'emmener vers un mur du son au rythme toujours aussi lourd, mais ralenti. On retrouve un son de groupe assez typique de ces musiciens qui fréquentent tous différents groupes issus de la galaxie Chief Inspector : jazz free, rock progressif, space pop, un cross-over moderne qui marche plutôt bien. Je me serais bien contenter de ça pour ma part.
L'arrivée du chanteur soul Dean Bowman ne me convainc pas. Belle voix certes, bon showman, mais un certain décalage se fera sentir tout au long du concert, comme si le groupe avait alors deux têtes qui ne s'entendaient pas. Les deux premiers morceaux (Music is the healing force of the universe et Truth is marching in) sont les meilleurs, sans doute en raison de la faible participation du chanteur. L'hommage - issu d'une commande - est original par le répertoire choisi : essentiellement tiré des disques rhythm'n'blues d'Ayler (New Grass et Music is the healing...), pourtant souvent décriés par les fans. Refrain habituel du dévoiement face aux forces contre-révolutionnaires que sont, au choix, le commerce, la religion ou la femme. Le traitement free-pop laisse malheureusement peu à peu la place à une relecture moins originale, accentuée par la nécessité de laisser de l'espace à un choeur composé d'élèves d'un collège de Saint-Ouen. Initiative due aux habituelles actions musicales de Banlieues Bleues, qu'on a connu plus heureuses.
Si la première partie est allée decrescendo du point de vue de l'intérêt, la seconde a connu le processus inverse. J'avais déjà pu voir Spiritual Unity il y a trois ans dans le cadre - encore - de Banlieues Bleues. Le constat n'a pas beaucoup changé. Le résultat est assez inégal. Ribot propose des passages enthousiasmants, variant avec délices les sonorités de sa guitare, mais le groupe manque parfois de cohésion et Roy Campbell à la trompette ne semble pas y mettre beaucoup de bonne volonté. Henry Grimes, dont la réapparition dans les années 2000 après trente années loin des scènes a donné l'idée à Ribot de monter ce groupe, est rentré progressivement dans le vif du sujet. Après un départ un peu laborieux, il a proposé d'intéressants développements à l'archet comme en pizz'. Chad Taylor, issu de la scène post-rock de Chicago, ne m'a pas vraiment marqué, ni en bien ni en mal... J'aime beaucoup Ribot sur le répertoire de Ayler, mais je le préfère en fait en solo (écoutez ces disques Don't Blame Me et Saints) ou avec Shrek (formidable version de Change has come sur Yo! I killed your God).
Avis partagé - je n'étais pas le seul - après cette soirée peut-être bien problématique dès son intitulé. Comment rendre un hommage à l'une des figures les plus marquantes du free jazz sans aller contre la nature même de sa musique ? En allant puiser dans les à-côtés de son répertoire pour Bardainne, en faisant entendre ses propres conceptions musicales pour Ribot. Deux réponses acceptables, mais qui, pour la deuxième, marcherait sans doute mieux avec un entourage différent (sans entourage ?).
Tiens, Bladsurb y était aussi, mais je ne l'ai pas croisé. Voir aussi sur Jazz à Paris (et la suite).
22:45 Publié dans Concerts | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : jazz, Albert Ayler, Marc Ribot
19 janvier 2008
The Ex & invités, Instants Chavirés
Le groupe hollandais squattait les Instants Chavirés trois soirs de suite, partageant la scène avec leurs invités. J'y étais vendredi, pour la dernière des trois soirées. Cette mini-résidence était l'occasion pour The Ex de proposer un voyage à travers les musiques qu'ils ont abordées durant leur désormais quasi trente ans de carrière : punk, free, world...
Le concert a commencé par un trio réunissant trois de leurs invités : Christine Sehnaoui, saxophoniste alto parisienne, Clayton Thomas, contrebassiste australien de Berlin, et Wolter Wierbos, tromboniste au pays des tulipes. Sonorités étoufées de la saxophoniste pour commencer, dans un long solo introductif pendant que les spectateurs continuaient d'arriver pour occuper chaque centimètre carré des Instants. Vrombissements et bruitisme pour un free jazz introspectif jouant sur la retenue. Bien loin des explosions qui allaient suivre.
La deuxième partie fut courte, le temps d'un énervement simultané sur trois guitares électriques tenues par Terrie Ex et les deux guitaristes du groupe de rock français Api Uiz. Comme une rasade d'alcool blanc qui nettoie et ravage en même temps.
Place aux mots d'Anne-James Chaton ensuite. Trois poèmes tirés d'un recueil de dix-huit "évènements" ayant pour cadre commun l'année 1999. Enumérations hallucinées de notices, avertissements, prix trouvés sur des tickets de métro, des paquets de cigarettes, un journal, etc. Pendant qu'il déclame ses textes, des phrases répétées en boucle par un sampler donnent une dimension hypnotique à son travail : "Washington s'enlise en Irak", "Rien que la loi" ou "La grande peur du bug de l'an 2000" scandent ainsi de manière mécanique les mots du poète montpelliérain. Plutôt impressionnant.
La suite donna lieu à la seule faute de goût de la soirée : le trio rock Api Uiz, formule basique guitare, basse, batterie, a proposé une musique dont toute subtilité était absente. Ils jouent vite et fort, sans que l'on n'en comprenne l'intérêt. Pendant leur trop longue prestation une "artiste peintre" jetait ses tubes de peinture contre des papiers recouvrant les murs des Instants. Tout ça pour finir dans une bouillie marronasse, aussi bien picturale que musicale. A oublier.
Retour au calme ensuite avec le chanteur et joueur de masenqo (sorte de violon rudimentaire à une corde) éthiopien Afework Negussie. D'abord pour un morceau en solo, puis en duo avec Katherina, la batteuse de The Ex, et enfin en quartet avec Clayton Thomas et Andy Moor. Grand moment, particulièrement envoutant, qui fait apprécier le drumming chaloupée de Katherina au service de mélopées lancinantes pleine de tezeta, cette sorte de blues des hauts plateaux. Tradition et modernité font bon ménage pour sans doute le meilleur moment de la soirée.
Celle-ci se termine par une prestation de The Ex, d'abord resserré à la formule de base du groupe : les guitares de Terrie et Andy, la batterie de Katherina et le chant de G.W. Sok. Répertoire de tubes, avec l'adjonction progressives de quelques invités : Wolter Wierbos pour une version de "Kokend Asfalt" rappelant le lyrisme cuivré du Ex Orkest, puis Clayton Thomas, Christine Sehnaoui et Anne-James Chaton afin de finir la fête comme il se doit. Bien belle soirée. Il n'y aurait pas eu Api Uiz, elle aurait même été parfaite.
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Quelques conseils dans la discographie de The Ex :
- The Ex & Tom Cora : And the weathermen shrug their shoulders (Ex Records, 1993), la recontre avec le violoncelliste downtown trop tôt disparu entre énergie punk, mélodies du monde, et improvisations lyriques.
- Ex Orkest : Een rondje Holland (Ex Records, 2001), le groupe augmenté d'un ensemble de cuivres vrombissant et d'une rythmique triplée, comme un Instant Composer Pool Orchestra rock, avec notamment Michael Moore, Joost Buis, Wilbert de Joode, Michael Vatcher, Wolter Wierbos...
- Gétatchèw Mèkurya & The Ex & Guests : Moa Anbessa (Terp Records, 2006), la rencontre sur disque avec le saxophoniste éthiopien comme on a pu l'entendre à Banlieues Bleues en 2006.
20:00 Publié dans Concerts | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : The Ex, Instants Chavirés
05 janvier 2008
Roland Pinsard, Benoît Delbecq et Emmanuel Scarpa à l'improviste
J'étais cet après-midi à la Maison de la Radio pour l'enregistrement d'A l'improviste. Anne Montaron y recevait le clarinettiste Roland Pinsard accompagné de Benoît Delbecq et Emmanuel Scarpa. J'avais déjà pu voir ce dernier à plusieurs reprises au sein de Thôt Twin ou du trio qu'il forme avec Alexandra Grimal et Antonin Rayon, quant à Delbecq je ne compte plus le nombre de fois et de formations où je l'ai vu. Le clarinettiste était en revanche une découverte pour moi.
Les trois musiciens, suivant le principe de l'émission, ont improvisé en continu pendant cinquante minutes, avant de répondre à quelques questions d'Anne Montaron. La musique portait tout d'abord la patte bien distincte de Benoît Delbecq : son piano préparé dans les aigus évoque tour à tour les sonorités d'un gamelan ou d'une sanza, alors que son jeu délié sur la partie non-préparée du clavier possède un aspect à la fois liquide et vocal. Sonorités aigues et mates, qui donnent le sentiment d'une énergie contenue, maitrisée, retenue. Emmanuel Scarpa s'est volontiers fondu dans cette esthétique, en préférant les cliquetis sur toutes sortes de percussions à la puissance d'une batterie conventionnelle, avec néanmoins sur la fin quelques séquences plus énergiques. Quant à Roland Pinsard, il cultive un son "à l'étouffée", parsemé de quelques éclats plus francs dans l'expulsion de l'air et de la note, qui s'accorde parfaitement avec la toile rythmique tissée par ses deux compagnons.
Malgré une unicité esthétique assumée, portée sur la subtilité des sons, les jeux sur les vitesses et les tensions (des pinces à linge sur les cordes du piano au désossement de la clarinette) permettaient un voyage en rien monotone à travers ce flux continu de près d'une heure. Les quasi-silences laissant juste échapper le feulement délicat à travers la clarinette basse de Roland Pinsard se juxtaposaient ainsi à des accélérations de Benoît Delbecq au clavier qui redynamisaient l'écoute. Ou, inversement, les explosions puissantes d'Emmanuel Scarpa à la batterie s'achevaient dans la finesse du son de balle de ping-pong du piano préparé.
Une bien jolie manière de démontrer l'étendu des possibles de la chose improvisée, bien loin des repères du free, avec l'affirmation d'un univers personnel à plus d'un moment poétique. Et un premier rendez-vous avec Benoît Delbecq en cette année 2008 qui s'annonce riche en occasions de le voir dans des contextes différents. Dans les semaines à venir, par exemple : le 5 février au sein de Pool Players dans le cadre de Sons d'hiver, le 9 février en duo avec Andy Milne à Radio France, le 23 février au sein du quartet d'Eric Plandé toujours à Radio France, ou encore le 10 avril avec Marcelline Delbecq pour le projet "Vert pâle" dans le cadre de Banlieues Bleues. Et même, en restant chez soi, sur le site de Sextant avec trois vidéos de concerts donnés en 2007 : avec Kartet à La Dynamo le 31 mai (j'y étais), avec Han Bennink au Sunside le 16 novembre, et en solo à nouveau à La Dynamo le 19 novembre (en pleine grève des transports, d'où mon absence...).
Sinon, l'émission sera diffusée le 16 janvier à 22h sur France Musique.
22:40 Publié dans Concerts | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Benoît Delbecq, jazz, A l'improviste
20 décembre 2007
Concentus Musicus Wien, Salle Pleyel
Il y avait du blogueur présent en nombre pour les trois cantates de Bach dirigées par Harnoncourt à Pleyel mardi soir. Ca me permet de sous-traiter en partie le compte-rendu. Je commence en effet par me retrouver assis à deux places de Palpatine, avant de croiser Bladsurb, Guillaume de Mes bouquins refermés et Philippe de L'esprit de l'escalier à l'entracte.
Trois cantates donc. Une qui m'était connue (sur disque), Schwingt freudig euch empor (BWV 36), encadrée de deux que je découvrais pour l'occasion, Ach wie flüchtig, ach wie nichtig (BWV 26) et Wachet auf, ruft uns die Stimme (BWV 140). Comme dirait Bladsurb, ça fait partie de mes concerts d'ouverture - je suis en terrain moins balisé.
Harnoncourt est plus économe que l'idée que je m'en faisais dans sa direction. La musique ne demande pas plus, alors tant mieux. Tout est très bon. Le ténor, Kurt Streit, n'est certes pas toujours très audible en début de concert du haut du deuxième balcon, mais il se rattrape après la pause sur la 140. Les duettos soprano-basse, Julia Kleiter-Anton Scharinger, de cette dernière conduisent très haut, comme la prestation finale du choeur, l'Arnold Schönberg Chor, qui achève l'élévation spirituelle de l'ensemble. Avec Bach, on touche au sommet de l'art occidental, alors quand l'interprétation est au diapason, il ne reste pas grand chose à en dire. Juste à admirer.
22:51 Publié dans Concerts | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Bach, Nikolaus Harnoncourt
02 décembre 2007
Sonny Rollins, Salle Pleyel
Je crois que j'aurais presque pu écrire le compte-rendu du concert de Sonny Rollins à Pleyel samedi soir avant même d'y avoir assisté. Il n'a fait qu'illustrer ce qu'il s'écrit sur lui et son groupe depuis des années. Même le programme distribué à l'entrée était prudent : effectivement, ses sidemen ne sont pas les meilleurs du monde. Certains s'en contentent, trouvant encore dans le souffle puissant et enivrant du colosse de quoi grapiller quelques moments de plaisir. Personnellement, l'arrière plan trop plan plan m'a gêné tout au long du concert. Bref, des regrets... Qu'est-ce que ça pourrait donner s'il avait des accompagnateurs dignes de ce nom ! Là où un Wayne Shorter - dans un autre style - continue, en grande partie grâce à ses sidemen, d'être au centre d'un processus créatif intense, Rollins ne se contente plus que d'assurer le gala. Il me fait penser à ces "compétitions" de vétérans du tennis où le public s'extasie de ce que les joueurs sachent encore tenir une raquette, mais où il manque l'enjeu qui donne le sentiment qu'un joueur engage sa vie pour sauver une balle de break. Il fut un temps où Rollins engageait sa vie dans son saxophone. Ce n'est plus le cas.
23:05 Publié dans Concerts | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : jazz, Sonny Rollins
11 novembre 2007
Mephista au Triton
18:20 Publié dans Concerts | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : jazz, Sylvie Courvoisier, Susie Ibarra, Ikue Mori



