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09 mars 2008
One Down, One Up
Brad Mehldau Trio, Salle Pleyel, vendredi 7 mars
Mes relations compliquées avec le jazz à Pleyel se poursuivent. Cette fois-ci je suis même parti avant la fin, tellement le propos lénifiant de Mehldau me gonflait. Le pianiste semble s'être laissé enfermer dans ses propres clichés, s'auto-caricaturant trop souvent. Des morceaux interminables, des thèmes pop dont toute profondeur semble absente, des effets au romantisme surappuyé, bien peu de choses à se mettre sous la dent finalement. Les quelques emballements au détour d'un morceau ne duraient guère : deux minutes qui laissaient entrevoir un grand pianiste au milieu de tunnels sans fin. Jeff Ballard à la batterie n'était pas plus intéressant que le leader. Trop de cymbales tuent la batterie ! La légèreté recherchée devient vite très pesante. Seul Larry Grenadier à la contrebasse sortait du lot avec quelques interventions lumineuses. Les seuls disques de Mehldau que je possède ont une dizaine d'années (les volumes 1 et 3 de The Art of the Trio, de 1997 et 1998) et j'étais resté sur quelque chose de beaucoup plus intéressant, nourri par une esthétique réformiste par rapport aux canons du trio jazz. Aujourd'hui, il n'en reste que quelques vestiges dans le jeu du pianiste, derrière une montagne de clichés qui semblent, qui plus est, recherchés.
John Hollenbeck, Theo Bleckmann & le Big Band du CNSMDP, Cité de la Musique, samedi 8 mars
Là aussi, je suis parti avant la fin (à l'entracte). En revanche, je serais bien resté un peu plus si je n'avais dû me rendre au concert de l'Ensemble Cairn à l'Atelier du Plateau (chronique à venir sur Citizen Jazz). Dans le cadre des journées portes ouvertes du Conservatoire de Paris, les élèves de la classe de jazz accueillaient le batteur John Hollenbeck et le chanteur Theo Bleckmann. Les compositions étaient signées Hollenbeck, tête pensante du formidable Claudia Quintet, et recellaient leur lot de magnifiques subtilités. Le premier morceau voyait ainsi Theo Bleckmann littéralement gazouiller en contrepoint d'arrangements de cuivres très naturalistes. Il y avait comme des échos du travail de Maria Schneider dans l'écriture. La suite correspondait plus aux idées développées dans le cadre du Claudia Quintet, avec les possibilités démultipliées d'un grand ensemble. Les techniques vocales assez particulières de Bleckmann, entre clarté évanescente et bruitages accidentés, s'accordaient parfaitement aux complémentarités de timbres des piano, vibraphone, flûte et cuivres présents, le tout soutenu par une rythmique ludique et inventive menée par Hollenbeck. On entendait une véritable recherche des finesses d'écriture que permet un big band, bien loin de la seule puissance cuivrée. De quoi aiguiser la curiosité pour le disque du John Hollenbeck Large Ensemble sorti en 2005. Les élèves du CNSMDP, dont certains déjà entendus ou vus de-ci de-là (Eve Risser, flûtes et claviers, Simon Tailleu, piano, Quentin Ghomari, trompette, Stephan Caracci, vibraphone), menés par François Théberge, ont su magnifiquement servir la musique d'Hollenbeck, sans esbrouffe et avec une belle attention portée au son d'ensemble de l'orchestre.
Puisque j'en suis à évoquer Theo Bleckmann, je ne saurais trop conseiller son disque Berlin - Songs of love and war, peace and exile, sorti récemment chez Winter & Winter (encore et toujours), avec le pianiste Fumio Yasuda et un quatuor à cordes. Il y a toujours eu un petit côté cabaret weimarien chez Bleckmann qui colle parfaitement à ces chansons essentiellement signées Eisler/Brecht. Le dandy new-yorkais (né à Dortmund) s'approprie ces refrains plus ou moins célèbres, les fait entrer dans son univers particulier, et les incarne finalement bien mieux qu'une interprétation plus fidèle. De quoi apporter un peu plus la preuve qu'il y a un lien toujours fécond entre le monde culturel centreuropéen de l'entre deux guerres et le New York Downtown d'aujourd'hui (oui, c'est une obsession).
18:58 Publié dans Concerts | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note




Commentaires
Je me remets régulièrement devant les volumes "art of trio" et quelques autres opus où Mehldau est sideman et je m'interroge toujours ? est-ce un grand pianiste ? Je n'ai toujours pas tranché... ? Et je ne sens pas une grande progression qui titillerait mon enthousiasme... Dans les opus ci dessus il y a indéniablement de bons moments, notamment lié à la qualité du trio et particulièrement à Larry Grenadier.
La dernière fois, je me suis dit que je ne pourrais trancher qu'uniquement après un concert Live... Ton commentaire me fait un peu perdre espoir...
Ecrit par : ptilou | 11 mars 2008
Oui, c'est sûr, c'est Larry le mec qui brille dans Brad Mehldau Trio, hein ? Brad est un pianiste tout à fait insignifiant, non ?
Non, soyons sérieux. Brad est un génie. Et je n'ai pas pour habitude de galvauder ce mot. Ceux qui ne s'en rendent pas compte, ne comprennent sans doute pas grand chose au piano et au jazz...
"des thèmes pop dont toute profondeur semble absente"... Consternant commentaire d'un snob jazzeux conservateur pour qui les thèmes simples non rien à faire avec le jazz ? C'est peut-être oublier que ce que l'on appelle les "standards jazz" était déjà à l'époque des reprises de la musique populaire...
Ecrit par : Jazzy334 | 06 mai 2008
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