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21 octobre 2007

La société contre l'Etat

Les élections législatives polonaises (élections des députés et sénateurs) ont lieu ce dimanche. Le gouvernement de Jaroslaw Kaczynski a dû faire face à ces élections anticipées suite à l'explosion de sa coalition cet été : les populistes de gauche de Samoobrona (Autodéfense) et les ultras catholiques de la LPR (Ligue des familles polonaises) ont laissé PiS (Droit et Justice, le parti conservateur des frères Kaczynski) seul en scène, et surtout minoritaire.

La scène politique polonaise a l'habitude, depuis le rétablissement de la démocratie, de connaître sans cesse décompositions et recompositions des partis qui la font vivre. Pour la première fois, un semblant de stabilité semble se dessiner, avec l'établissement de trois grands blocs identifiables : PiS, donc, qui représente la droite conservatrice, PO (Plateforme civique) qui représente la droite libérale, et LiD (Gauche et Démocrates), qui représente une alliance "à l'italienne" des sociaux-démocrates post-communistes et des centristes. Ces trois partis sont les seuls à peu près sûrs de franchir la barre des 5% nécessaire pour être représenté à la Diète. Parmi les autres partis qui peuvent prétendre obtenir des députés, on retrouve Samoobrona, qui a reçu le soutien de Leszek Miller, ancien Premier Ministre social-démocrate du président Kwasniewski, une coalition d'extrême-droite réunissant, autour de la LPR, quelques groupuscules traditionnalistes et souverainistes, et le parti paysan PSL plutôt centriste et possible faiseur de roi.

Dans les faits, l'élection se résume à une confrontation entre les deux droites : la libérale contre la conservatrice. La gauche, malgré le retour sur le devant de la scène du toujours populaire Kwasniewski, reste loin derrière dans les sondages, encore associée aux scandales de corruption et au fort niveau de chômage qui ont accompagné la législature 2001-2005. Pour la suite, il sera intéressant d'observer si l'alliance des post-communistes pro-transition de Kwasniewski et de la frange "euro-libéralo-centriste" de l'ex-dissidence (héritiers de Mazowiecki et Geremek) permettra de faire naître une alternative crédible au nouveau gouvernement, quelqu'il soit. Un parfum de Table Ronde qui, paradoxalement, renforce la rhétorique revancharde de PiS : cette alliance n'est-elle pas la preuve du partage du pouvoir entre ex-communistes et ex-dissidents au détriment du peuple que dénoncent sans relâche les Kaczynski ?

La victoire de PiS en 2005, et la montée parallèle de nombreuses forces populistes en Europe centrale comme analysée ici par Jacques Rupnik, peut ainsi s'analyser comme la rencontre, dans les urnes, des perdants idéologiques et des perdants économiques de la transition. La territorialité du vote de 2005 (l'Ouest et Varsovie pour PO, l'Est pour PiS) recouvre une réalité économique très clivante. On a constaté, au passage, le même phénomène (Ouest vs Est) lors des élections slovaques qui ont vu la victoire de la gauche populiste de Robert Fico. La République Tchèque (Bohème de droite contre Moravie de gauche) et la Hongrie (Budapest libérale contre campagne conservatrice) connaissent des phénomènes similaires. A ce retour en force de la sociologie politique après des années de transition marquées par une philosophie très "fin de l'histoire" (pas d'alternative sur le chemin de l'Europe, une société perçue comme monolithique), s'ajoute l'apparition de discours de plus en plus clivants en termes idéologiques, où les questions de mémoire et d'identité occupent une place déterminante. La montée en puissance des populismes à l'Est résulte à mon sens de la rencontre de ces deux phénomènes que la période de transition avait sû maintenir en marge, chacun dans des sphères bien spécifiques du débat. Un spleen démocratique (les perdants se révoltent) qui débouche, donc, sur un retour du politique (débat idéologique, réalité sociologique).

L'opposition entre PO et PiS qui structure actuellement la vie politique polonaise s'organise ainsi autour d'une question particulièrement intéressante et cruciale. Les deux partis sont de droite, et PO n'est pas forcément moins nationaliste (quoiqu'y mettant certainement plus les formes). La véritable ligne de fracture se fait autour de la priorité assignée à la Pologne de rétablir un ordre social jugé chamboulé par la période de transition : PiS souhaite, pour cela, contruire un Etat, quand PO souhaite édifier une société civile. La recomposition de la vie politique polonaise - et le fait que les deux partis débordent, différement, à gauche - se comprend mieux à l'aune de ce débat.

La droite polonaise qui nous rejoue le débat entre première et deuxième gauches, ça a de quoi rendre particulièrement intéressantes ces élections.

(suite, après les résultats...) 

17:40 Publié dans Pologne | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : pologne, élections

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