23 juin 2007

Odieuse Pologne

La vision de la Pologne offerte par les médias français ne s'est pas améliorée ces derniers jours avec l'inflexibilité (relative) des frères Kaczynski lors des négociations autour du nouveau traité européen. On a en effet assisté à une étrange distortion entre la portée et l'ampleur des exigences polonaises et leur écho dans la presse, notamment si on les compare à celles des autres pays. Car, au final, le point sensible pour la Pologne ne concernait que la répartition des votes au Conseil, ce qui représente une évolution considérable par rapport aux positions défendues par les Kaczynski il y a encore peu. Et si le point est devenu à ce point emblématique des difficultés rencontrées lors du récent sommet, c'est autant dû aux déclarations toujours aussi tonitruantes des deux K. qu'à l'inflexibilité allemande sur le sujet, alors que les autres Etats membres semblaient tout à fait prêts à rouvrir les négociations sur ce point.

Les commentateurs français semblent, qui plus est, totalement oublieux de l'histoire récente de la construction européenne concernant leur propre pays. Car, la crainte de la Pologne de voir un écart de voix trop important entre elle et l'Allemagne au Conseil se réaliser n'est qu'une réactualisation de la principale ligne rouge française jusqu'à la convention qui a préparé le TECE. La parité de voix au Conseil entre la France et l'Allemagne, y compris après la réunification, a été l'obsession de la diplomatie française lors de toutes les révisions des traités. Il a fallu un changement de méthode, pour contourner les seuls gouvernements, avec la convention, pour remettre en question ce principe qui existe encore dans le système décidé à Nice.

En chargeant de tous les maux les frères Kaczynski, on oublie par ailleurs une nouvelle fois le soutien qu'ils reçoivent, sur ce sujet précis, d'une large partie de l'opposition polonaise, notamment des libéraux. Une approche un peu plus au courant de la vie politique polonaise trouverait même un énorme motif de satisfaction europhile à voir les leaders de PiS avoir adouci considérablement leurs positions au sujet de la construction européenne depuis leur arrivée au pouvoir (tenant compte, de manière pragmatique, du large soutien à l'adhésion rencontré dans la population depuis 2004). S'ils sont à critiquer sur des tas de sujets de politique intérieure, on ne peut que saluer leur adaptation de fait au fonctionnement par compromis de l'Union européenne.

Un contraste saisissant avec Tony Blair qui, pour son dernier sommet européen, aura joué la partition inverse. Ses discours euro-enthousiastes d'hier se heurtent aujourd'hui à une approche bien thatchérienne de la construction européenne, refusant tout transfert de souveraineté. Le premier ministre britannique est sorti du sommet bien affaibli, optenant certes quelques clauses d'opting out pour son pays sur la charte des droits fondamentaux ou la coopération judiciaire et policière, mais ne pouvant empêcher ni les 26 autres d'avancer sur ces sujet, ni l'UE de se doter de la personnalité juridique et d'organiser la fusion des piliers.

Soutenir les Kaczynski, accabler Blair, durs temps pour l'europhilie française...

18:30 Publié dans Pologne | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : pologne, ue

Commentaires

Certes, mais ce qui était particulièrement choquant, je trouve, dans l'attitude des frères Kaczynksi, c'était l"argument utilisé. Franchement, demander à ce qu'on ajoute au chiffre de sa population les millions de victimes polonaises attribuées au régime nazi, ça a quelque chose d'assez révoltant. Je vire peut-être au vieux con, mais on me parait loin, très loin de l'esprit de réconciliation de la CECA.
Pour Tony Blair, je suis d'accord : c'est une vrai déception.

Écrit par : aymeric | 23 juin 2007

Sur l'équilibre des pouvoirs, tu as raison de le rappeler. Il est à la base même de la construction européenne.
Les polonais s'inquiètent aussi parce que déjà, dans leur pays, l'Allemagne voudrait récupérer des terres et en obtient certaines par voie judiciaire privée.
Une Allemagne toute puissante leur rappellerait des choses bien désagréables…
:-)

Écrit par : filaplomb | 23 juin 2007

Merci pour ce point de vue, relativisant comme souvent la vision de l'Europe et de son actualité qui a cours dans le microcosme français.

Écrit par : Charles | 25 juin 2007

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