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19 avril 2007

Ce sera...

Mon choix est fait. Depuis le début du mois d'avril grosso-modo. Ma précédente note sur le sujet laissait apparaître un trouble doublé d'un intérêt distant. Avec l'approche des échéances l'intérêt s'est fait plus grand et le trouble s'est en partie dissipé. Mais par des voies un peu détournées par rapport aux élections précédentes. Mon choix ne portera ainsi que très peu sur les questions économiques et sociales ou de politique étrangère qui m'intéressent en temps normal. Pas assez de différenciation entre les candidats. Des constats souvent proches, des nuances tellement balancées pour ne froisser personne qu'il n'y a rien de particulièrement rédhibitoire de ce côté. Des flous entretenus selon une logique catégorielle qui font qu'on ne peut au final que s'y retrouver. Bref, pas de quoi réellement fonder un choix solide.

Pourtant, malgré mes hésitations de départ encore assez récentes, mon choix m'apparaît aujourd'hui assez clair, définitif, et fondé. Ma grille d'explication est toujours la même : l'Europe, la France, l'échiquier politique. En quoi le candidat, ou en l'occurence la candidate, pour laquelle je m'apprête à voter m'apparaît meilleure que les autres sur ces troix axes. En quoi Ségolène Royal serait pour moi la meilleure présidente de la République possible parmi les personnalités à se présenter.

L'Europe

Je suis ce qu'on pourrait appeler un euro-enthousiaste. D'où certainement mon investissement largement supérieur lors de la campagne référendaire de 2005 que cette année. Facile dès lors de me considérer comme gravitant dans cette sorte de sphère fédéraliste, démo-chrétienne et personnaliste que semble aujourd'hui représenter Bayrou. Pourtant, je n'ai jamais été vraiment à l'aise avec tous les mouvements de cette tendance. Ma blogroll, aux inclinaisons assez européennes, ne comprend symboliquement pas de liens vers des sites comme le Taurillon, Europeus, les Euros du Village, le Mouvement européen ou le blog de Daniel Riot par exemple. S'ils sont sans doute le plus souvent des alliés objectifs, je ne partage pas cette vision qui me semble trop française et surtout trop vieillote d'encore aborder les débats sur la construction européenne sous l'angle "fédéralistes vs souverainistes". Je suis plutôt convaincu qu'il existe une vision progressiste (portée par la gauche) et une vision conservatrice (portée par la droite) de la construction européenne. Et que c'est plus le sujet du contenu des politiques qui importe aujourd'hui que celui de l'organisation institutionnelle. Ségolène Royal me semble ainsi la seule à porter un discours en phase avec ma propre vision du débat européen. Elle ne se contente pas d'évoquer les réformes institutionnelles dans son ambition européenne, insiste sur la nécessité de l'Europe par la preuve et me semble moins catégorique que ses concurrents de droite sur la question turque. Son passé - des clubs Témoins de Delors à sa fréquentation de Mitterrand à l'Elysée - est également un aspect rassurant. Enfin, dans la nécessité de dépasser l'opposition entre le "oui" et le "non" de 2005, je préfère une présidente de gauche qui serait amener à chercher des compromis vers plus de "social" (malgré la difficulté évidente de la tâche) qu'un président de droite qui devrait composer avec une vision identitaire et souverainiste de l'Europe.

La France

Sur les questions économiques et sociales, la catalogue du pacte présidentiel présentée par Ségolène Royal à Villepinte est grandement compensé par sa petite musique personnelle sur le sujet : un regard très porté vers les expériences étrangères et une volonté de tenir un discours social-démocrate plus en accord avec la pratique du pouvoir par les socialistes depuis 1983. Son apparente insensibilité aux discours portés par les candidats d'extrême gauche semble même avoir quelque peu déstabilisé ces derniers. Symboliquement, j'ai beaucoup apprécié la subtilité de sa réplique ce soir sur France 2 à propos de ce qui pouvait la rapprocher de l'extrême gauche : sa volonté de moins taxer le travail que le capital (et non de plus taxer le capital que le travail). Signe d'une compétence politique sans doute bien plus affirmée que ce que ses opposants politiques et médiatiques répètent à l'envi. Mais, au-delà de ce discours réaliste en matière socio-économique, le grand point fort de Ségolène Royal sur le sujet "France" me semble être son analyse de la crise de la représentativité qui secoue notre pays depuis déjà quelques années. Sarkozy n'aborde pas le sujet. Quant à la solution de Bayrou qui élimine la différence entre majorité et opposition, elle n'est pas porteuse d'une rénovation suffisante et pourrait même agraver la crise qui se cristallise autour de l'opposition élites/peuple. Seule Ségolène Royal, à travers ses propositions en matière de démocratie participative et sa réappropriation du thème de la décentralisation, a une analyse juste des problèmes et des solutions à apporter à cette question qui me semble aujourd'hui l'une des plus importantes à traiter. Un discours de la méthode au moins aussi essentiel que le contenu des politiques à mener.

Les équilibres politiques

Le problème du débat auto-centré sur les évolutions de la gauche de gouvernement - la réactualisation éternelle du débat entre première et deuxième gauches que je me plais à entretenir - c'est de parfois conduire à oublier l'essentiel. Heureusement Nicolas Sarkozy était là cette fois-ci pour rappeler tout ce qui sépare une vision progressiste d'une vision conservatrice de la société. Si vous ne l'avez pas encore fait, il faut absolument aller lire le billet de Jules intitulé Pourquoi je ne voterai pas Nicolas Sarkozy. En ce qui concerne l'alternative Bayrou elle me semblait paradoxalement beaucoup plus justifiée il y a cinq ans avec l'arrivée à terme d'une génération politique marquée par l'absence de pensée nouvelle sur la société que cette fois-ci. Aussi bien Sarkozy que Royal tiennent ainsi des discours assez différents de leurs prédécesseurs dans leurs camps respectifs. Si la rénovation de l'intérieur est possible, je ne vois pas la nécessité de "casser" le système pour forcer à une rénovation. Quoiqu'il en dise, Bayrou a tort de considérer que les murs de Berlin ne sont pas tombés dans les têtes. S'ils ont certainement mis plus longtemps à le faire que le vrai mur, Ségolène Royal me paraît aujourd'hui l'incarnation d'une gauche réellement rénovée dont les lignes ont fortement bougé. Je ne suis évidemment pas contre une alliance PS-Verts-UDF répondant aux voeux de Cohn-Bendit, Rocard ou Kouchner, bien au contraire, mais elle ne sera que plus intéressante et durable si elle s'organise autour d'un PS avec à sa tête une personnalité suffisamment extérieure à ses habitudes.

Une Europe qui puisse continuer à s'élargir, une démocratie régénérée par la racine, une gauche moins corsetée par ses équilibres de courants d'un autre temps, voici trois raisons qui me pousse à choisir Ségolène Royal. Je m'étais détourné de la gauche en 2002. La campagne de Ségolène, qui en bien des points m'apparaît comme une anti-Jospin, m'en rapproche aujourd'hui.

Commentaires

Merci.
(non, rien d'autre)

Ecrit par : JaK | 20 avril 2007

Bravo, message clair, efficace, convainquant.

Ce soir à Toulouse, devant 20 000 personnes, avec Zappatero, il lui a rendu un hommage, axé sur la social-démocratie et la modernité.

C'était un beau meeting, plein d'espoir et d'une grande énergie.

Ecrit par : jani-rah | 20 avril 2007

yes!

Ecrit par : because | 20 avril 2007

Je suis du coup content que nous soyons dans ce blogroll. Je suis persuadé que les mouvements et associations européennes devraient donner les moyens aux citoyens de faire leurs choix eux-mêmes sans trop de franco-centrisme ou de jugements de valeurs.

Ecrit par : philippe | 21 avril 2007

Bonjour et bravo,
C'est un bon choix et c'est bien écrit, mieux qu'un discour de Mme Royal.
Que pensez vous de l'influence de Chevènement sur notre favorite ?

Grand bonjour à because en passant.

Ecrit par : Eric Lauriac | 23 avril 2007

---Ségolène Royal me paraît aujourd'hui l'incarnation d'une gauche réellement rénovée dont les lignes ont fortement bougé. Je ne suis évidemment pas contre une alliance PS-Verts-UDF répondant aux voeux de Cohn-Bendit, Rocard ou Kouchner, bien au contraire, mais elle ne sera que plus intéressante et durable si elle s'organise autour d'un PS avec à sa tête une personnalité suffisamment extérieure à ses habitudes.-----

très belle clairvoyance! (mais cela ne métonne pas)

Ecrit par : because | 28 avril 2007

@ Eric

bonjour!

je me disais aussi : je connais ce nom, je connais ce nom...
et ça m'est revenu, enfin :)

Ecrit par : because | 28 avril 2007

@ Eric :

Bonjour. Ca fait plaisir de vous voir commenter ici.

Je ne suis pas sûr qu'il y ait en fait grand monde qui ait une influence sur Ségolène Royal. Elle est tout simplement bien meilleure politique que Jospin, sait rassembler sans se drapper dans l'orgueil démesuré du "meilleur" tout en conservant marges de manoeuvre et liberté de ton. J'ai été franchement assez impressionnée par sa campagne, car elle a en plus dû faire face à pas mal de critiques assez sévères et disproportionnées (la "cruchisation" qui, couplée à la" fascisation" de Sarkozy, aura été pour beaucoup dans le succès de Bayrou à mon avis : un vote de circonstances qu'il aura du mal à convertir).

@ because :

C'est pas encore fait. L'avance de Sarkozy au premier tour n'est quand même pas très encourageante. Et j'ai peur qu'en cas de défaite, le retour de bâton soit assez violent au sein du PS.

Sinon, je vois que tu commentes régulièrement chez les communards. C'est bien ! :o)

Ecrit par : Allegro | 29 avril 2007

--Sinon, je vois que tu commentes régulièrement chez les communards. C'est bien ! :o)---

faut que je te suive à la trace, j'ai bien l'intention de pousser le ticket thuram - madness :)

sinon envoie-moi ton mail, j'ai un truc à t'envoyer, ça va t'amuser.


pour ce qui est du pronostic, je suis sans aucune illusion, je veux simplement que la stratégie d'ouverture de Royal devienne inattaquable
et grace à sarko, je vais voter flnks au législatives, pour renvoyer l'ascenceur (et je n'ai pas le choix, le reste c'est pro-sarkozy, villiers ou le pen).

Ecrit par : because | 30 avril 2007

@Allegro
"Elle est tout simplement bien meilleure politique que Jospin".

Donc elle va créer 4millions d'emplois si elle est élue ! :)
On parle bien du Jospîn de la gauche plurielle ? celui qui à vendu la flexibilité aux travailleurs en échange des 35h ?

"J'ai été impressionné par sa campagne, car elle a dû faire face des critiques assez sévères et disproportionnées"

Etre si bas dans les sondages avec un tel repoussoir en face, on peut se dire, en bon libéral légèrement à gauche, que ce n'est pas que l'environnement. Elle doit bien avoir sa petite responsabilité dans cette situation inconfortable mais pas désespérée.
C'est un discours très gauche 68 que tu nous tiens, voir guésdiste. C'est pas Bockel qui proposerai un droit opposable aux éléphants.

Pas de programme et mal entourée, deux défauts que n'avait pas Jospin avant 2002.

@because
flnks, lol qu'est ce qu'on avale comme couleuvre dans ces élections :)
Allons, c'est pas raisonnable, avec Avenir Ensemble, tout est possible.


" Il faut pendre Hollande avec des boyaux de Rebsamen." L'abbé Lauriac.

Ecrit par : Eric Lauriac | 01 mai 2007

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