31 mars 2007

Tonic (1998-2007)

Le Tonic ferme, et je n'y serai jamais allé. Ce club du Lower East Side new-yorkais, fondé par John Scott et Melissa Caruso Scott à la fin des années 90, était vite devenu un point central de la Downtown Scene, prenant progressivement la place symbolique d'une Knitting Factory alors en voie de mainstreamisation rapide. L'embourgeoisement du quartier aura eu raison de ce lieu typique de l'underground new-yorkais. Plus de place pour un blockhaus où se jouaient les musiques les moins rentables qui soient. Le prix du loyer aura flambé plus vite que celui de l'entrée du club. Les propriétaires ne pouvaient plus faire face financièrement, comme le rapporte le NYT. 

La topographie du jazz new-yorkais poursuit son évolution. Uptown dans l'entre deux guerres, aux belles heures du Swinging Harlem. Midtown, autour de la 52e rue, en pleine révolution bop après-guerre. Downtown depuis l'explosion free des années 60, entre lofts arty et marges post-indus. La prochaine étape semble déjà toute indiquée : exit Manhattan, Brooklyn tient désormais la corde, comme en témoignent parfaitement deux clubs, tous les deux tenus par des Français d'ailleurs, qui ont le vent en poupe actuellement : le Barbès et le Zébulon. C'est désormais là que ça se passera, et qu'il ne faudra pas manquer d'aller. Sans oublier bien entendu le Stone zornien, dernier bastion Downtown d'une scène qu'il faudra peut-être bien finir par rebaptiser. Une migration géographique, pour une nouvelle mutation stylistique ?

Sur son blog, Ted Reichman, évoque le premier concert du Tonic, puisqu'il était de la partie. La programmation s'achèvera le 13 avril prochain, par une performance de John Zorn, évidemment.

Dans la radio, quelques morceaux enregistrés au Tonic (j'en possède un certain nombre) : Emergency, power group formé par Zorn, Ribot, Medeski et Perowsky, le 17 juillet 2000 ; Loren Mazzacane Connors en duo avec Kim Gordon le 29 octobre 1999 ; Fred Frith en duo avec John Zorn le 15 septembre 2003 ; le Dougie Bowne's Peninsula le 28 janvier 2000 ; Wadada Leo Smith avec John Zorn et Susie Ibarra le 22 septembre 2003 ; Spiritual Unity, groupe de Marc Ribot en hommage à Albert Ayler, le 27 octobre 2004 ; et Masada le 16 juin 2001. Le dernier morceau de la sélection n'a pas été enregistré au Tonic, mais est un extrait du très bel album de Ted Reichman dédié à André Kertész, Emigré.

Coïncidence, j'ai reçu hier mes billets pour la saison 2007/2008 de la Cité de la Musique : les quatres soirées du Domaine privé de John Zorn et l'hommage à Albert Ayler avec, notamment, Spiritual Unity. Etrange écho aux propos de Steven Bernstein dans le NYT : “My band closes some of the biggest festivals in Europe,” he said. “Meanwhile there’s only one club I can play in New York and it’s about to close.

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