17 mars 2007
Gangs of New York
Dimanche, lundi, mardi : trois concerts aux ambiances résolument Downtown, comme un portrait en accéléré d'une certaine esthétique new-yorkaise.
Dimanche 11 mars : Sylvie Courvoisier & Mark Feldman au Théâtre de l'Onde (Vélizy-Villacoublay)
Un peu moins d'un an après le Sunside déjà en duo, et à peine quelques mois après les passages de Sylvie Courvoisier en solo au Centre culturel suisse (novembre) et en trio avec Ellery Eskelin et Vincent Courtois au Triton (janvier), la pianiste suisse et le violoniste américain se produisaient dans le cadre très détendu des dimanches de l'Onde à Vélizy (collation offerte, et l'occasion de discuter un peu avec Sylvie après le concert - source de prochains articles sur CJ). La première partie du concert s'est, une nouvelle fois, organisée autour de compositions de John Zorn extraites du Book of Angels, le second songbook de Masada. Par la suite, les deux musiciens nous ont proposé leurs propres compositions. Dans les deux cas la complicité - des regards, des sourires, de la musique - est l'élément essentiel de leur comportement. Les territoires abordés sont moins abrutes, moins bruitistes, que lors des précédents concerts de la Suissesse évoqués plus haut. Et pourtant, au détour d'un passage au lyrisme quasi romantique, on retrouve l'attachement des deux improvisateurs aux bruits impromptus de la nature ou de la ville. Même si, pour l'occasion, les bagages n'avaient pas suivi et que Sylvie se retrouvait sans ses ustensibles habituels lui servant à explorer l'intérieur du piano. Se jouer des contraintes pour imposer sa liberté : défi amplement relevé, malgré tout, et avec une vraie maestria.
Lundi 12 mars : Bang on a Can All-Stars au Théâtre de la Ville
Leur concert en ce même lieu l'année dernière m'avait laissé un bon souvenir. L'impression fut moins forte cette année. Il faut dire qu'il n'y avait plus Iva Bittova, ni de pièce de Fred Frith. Au programme cette fois-ci des compositions de David Lang, Annie Gosfield, Evan Zyporyn (le clarinettiste du groupe), Michael Nyman, Don Byron et Ornette Coleman. Je retiens surtout le bruitisme délicat d'Annie Gosfield, qui mêle dans un même élan bourdonnements de la contrebasse et de la clarinette basse et polyrythmies percussives, le tout perturbé par les sonorités dérangeantes du synthétiseur. Les pièces de Don Byron, dont un portrait de Basquiat, s'inscrivent dans un idiome clairement afro-américain. Basquiat, qui était d'ailleurs lui-même clarinettiste (au sein du groupe Gray), est ainsi évoqué à travers les zébrures d'Evan Zyporyn, qui semblent d'ailleurs répondre à la sécheresse des lignes du peintre. Effet de contraste, comme sur les toiles de Basquiat, avec le fond sonore - pictural - plus doux, au trait quasi naïf. Enfin, la pièce d'Ornette Coleman qui conclut le concert, intitulée Haven't been where I left, commence par un thème au déroulement typiquement ornettien : une mélodie naïve, légèrement acidulée, qui s'échappe peu à peu du cadre dans lequel elle semblait confinée au départ. Un concert agréable, mais pas vraiment plus.
Mardi 13 mars : Marc Ribot's Ceramic Dog à la Dynamo de Banlieues Bleues
Premier concert pour moi cette année dans le cadre du festival Banlieues Bleues. Marc Ribot y présentait son nouveau trio - très rock - avec le bassiste Shazhad Ismaily et la batteur Ches Smith. Une énergie folle, une puissance de feu réellement inouie, et mine de rien des ambiances parcourues relativement nombreuses : du punk à la poésie beat, de rythmes latinos transfigurés à un folk déglingué, avec même des passages dansants quasi disco ! Le guitariste new-yorkais était en grande forme, poussé par un son de basse entêtant, très sec, et une batterie qui claque de manière très particulière, avec des sonorités souvent métalliques. Les morceaux originaux alternaient avec des reprises diverses et variées : Joe Bataan cotoyant Wilson Picket, la poésie d'Emilio Cubiero les mots de Ribot lui-même. Dans ce registre - comme dans bien d'autres - la guitare de Ribot fait des merveilles, déchire l'obscurité de la manière la plus incisive qui soit, dérape de façon toujours très contrôlée, ou encore se joue des répétitions et des changements soudain de direction. On était certes assez loin du jazz au sens strict, mais un tel concert, qui prend aux tripes de bout en bout, ne pourra que laisser un grand souvenir.
22:50 Publié dans Concerts | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Masada, Downtown, jazz, banlieues bleues, Marc Ribot, Sylvie Courvoisier






Commentaires
Salut,
Tu as acheté le disque provisoire à la sortie du concert de Marc Ribot mardi ? J'ai cru comprendre qu'ils allaient ajouter d'autres morceaux dans une future version.
au plaisir de se croiser,
S.
Ecrit par : Webknot | 18 mars 2007
Oui, j'ai acheté le disque. Je ne savais pas que c'était un avant-projet. Le disque dure déjà 55 minutes. Mais peut-être que la sélection des morceaux sera différente. Pour l'instant il s'agit d'un enregistrement live qui ne ressemble effectivement pas à un CD du commerce. Un collector !
Ecrit par : Allegro | 19 mars 2007
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