11 février 2007

Fast forward (revue de concerts en avance rapide)

Je manque de temps pour tenir ce blog aussi à jour que je le souhaiterais. Le versant politique est quasi inexistant alors que la campagne électorale commence à gagner en intensité. Il faut dire qu'une certaine lassitude vis-à-vis de la chose publique, qui se fait toujours un peu plus insistante depuis quelques mois (contre-coup insoupçonné du référendum de mai 2005 ?), ne m'aide en rien à remédier à la situation. Mon indécision, et la distance jusqu'à présent assez grande que je maintiens par rapport aux informations sur le sujet, ne m'autorise même pas à vous promettre un changement à ce propos dans les semaines à venir. Pour le moment, je laisse donc ça à d'autres, qui le font visiblement avec une certaine passion (celle qui m'animait il y a encore quelques pas si nombreuses années).

Ma passion pour les concerts est elle restée intacte. Mais on ne peut pas être à la fois dans la salle et devant son écran, et j'ai donc là aussi pas mal de retard par rapport aux ambitions affichées de manière plus ou moins implicite par ce blog. Ces dix derniers jours, j'ai pourtant assisté à un certain nombre de bonnes choses en la matière, dont je vous propose ici quelques maigres échos, opportunément complétés par des extraits dans la radioblog

Jeudi 1er février : Orchestre de Paris, Direction Christoph Eschenbach, Sixième symphonie de Gustav Mahler, Salle Pleyel

Une interprétation un peu martiale de la symphonie tragique de Mahler. Eschenbach fait des gestes impressionnants pour qui est placé comme moi au deuxième rang de l'orchestre, ce qui a pour désavantage de masquer les subtilités, et la dimension humoristique du rapport à la tradition classique, de l'oeuvre du compositeur autrichien.

Vendredi 2 février : Misha Mengelberg Solo / Tobias Delius Quartet, La Dynamo, Pantin

Mengelberg fait le service minimum. Une demi-heure double rappel compris. Mon voisin, fan du pianiste hollandais, me fait remarquer qu'il a pris un sacré coup de vieux depuis la dernière fois qu'il l'avait vu, il y a trois-quatre ans. Le poids des ans semble donc avoir eu raison de la fougue de ce pionner de la free music européenne, même si au détour de quelques phrases, il y a encore de belles réminiscences aux accents post-monkiens dans le jeu du batave. 

La deuxième partie est pour moi une découverte, et une belle. Le saxophoniste Tobias Delius est entouré de Tristan Honsinger au violoncelle, Joe Williamson à la contrebasse et Han Bennink à la batterie. Leur musique est originale, dans une esthétique très européenne, entre danses populaires et explosions free, valses de cirque et bruitisme délirant, lyrisme puissant et rythmes endiablés par ce satané Bennink. Delius est assez marrant dans son allure. Il est grand, dégingandé, et à un jeu de jambes qui a une fâcheuse tendance à évoquer la tremblante du mouton. Honsinger ressemble lui à Darry Cowl et ajoute à son jeu au violoncelle des éructations verbales sans queue ni tête. Quant à Bennink, il semble toujours à fond, rigolard et concentré, dominant ses toms du haut de ses deux mètres. Mais, derrière ces allures de freaks, il y a un groupe à la très belle musicalité qui m'a fait passé un superbe moment.

Samedi 3 février : Michiel Braam's Nopera, La Dynamo, Pantin

Suite du week-end hollandais à la Dynamo avec un projet du pianiste Michiel Braam autour de son trio piano-basse-batterie avec Wilbert De Joode et Michael Vatcher, du quatuor à cordes Zapp String Quartet et de trois chanteurs : la mezzo-soprano de tradition classique Lucia Meeuwsen, l'iconoclaste Sean Bergin qui n'est pas sans évoquer Phil Minton, et Vera Westera plus proche du jazz dans ses options américaines. L'ensemble n'est pas si délirant qu'il en à l'air. Les rôles sont bien répartis, la musique est mise en avant, les sonorités des cordes sont bien intégrés au son du trio, comme des éléments de ponctuation, et les chanteurs ne cherchent pas nécessairement à mener le discours. Si on ne comprend pas tout à fait le propos tenu par cet étrange assemblage, reste de biens beaux passages qui empruntent un peu à tous les styles, mais avec passion et entrain communicatifs.

Lundi 5 février : Steve Coleman & Five Elements, New Morning

Un groupe déjà vu de nombreuses fois, mais je n'ai pas pu résister au fait de pouvoir les voir au New Morning plutôt que sur une grande scène de festival. La déclinaison des Five Elements pour cette tournée comprenait deux batteries : Tyshawn Sorey et Marcus Gilmore (le tout jeune - 20 ans - petit-fils de Roy Haynes). Une idée intéressante qui muselait en quelques sortes la partie rythmique, chacun étant obligé de tenir compte de l'autre, ce qui proposait une dimension rythmique moins dense que d'habitude assez bienvenue. Pour le reste, Jonathan Finlayson (tp), Tim Albright (tb), Jen Shyu (voc) et Thomas Morgan (cb) accompagnaient l'altiste comme lors de son passage à la Villette en septembre dernier. Musicalement, le premier set a été un peu poussif, mais le deuxième fut grandiose, avec des entrelacements de cuivres comme seul Coleman sait les produire. 

Mardi 6 février : Human Feel, Sunside

Andrew D'Angelo (bcl, as), Chris Speed (ts, cl), Kurt Rosenwinkel (g) et Jim Black (dms) ont récemment reformé ce groupe mythique du renouveau de la scène new-yorkaise au début des 90s. Jazz-grunge aux accents post-rock, fondateur d'une certaine esthétique basée sur l'alternance d'unissons climatiques et d'envolées puissantes, de brisures rythmiques, de zapping de styles et de modes. Les conditions d'écoute n'étaient pas idéales, surtout lors du premier set, en raison de la présence - bruyante - d'un groupe de jeunes touristes anglais plus là pour boire des bières que pour écouter la musique. Reste qu'Andrew D'Angelo a proposé un véritable festival, éclipsant parfois un peu ses camarades de jeu, aussi bien au sax alto qu'à la clarinette basse. 

Samedi 10 février : Louis Sclavis, La Dynamo, Pantin 

Sclavis présentait son nouveau groupe et son nouveau disque, L'imparfait des langues, dans une Dynamo beaucoup plus pleine que pour les Hollandais une semaine auparavant. Entouré de jeunes musiciens issus de la nébuleuse Chief Inspector - Maxime Delpierre à la guitare, Paul Brousseau aux claviers, Marc Baron au sax alto - et du fidèle François Merville à la batterie, Sclavis développe avec ce groupe une énergie très rock, pas sans rapport avec l'esprit de Human Feel d'ailleurs (Delpierre - et beaucoup d'autres musiciens - étaient d'ailleurs dans le public mardi). On retrouve néanmoins les traits principaux du langage de Sclavis, ce qui donne parfois des effets de contrastes surprenants, mais pas moins intéressants. Marc Baron, que je ne connaissais jusque là qu'à travers sa participation discrète au quartet de Vincent Courtois, aura été la belle surprise du concert, capable d'un discours particulièrement engagé, lyrique et délicieusement sinueux. Formidable complémentarité avec le leader. Brousseau et Delpierre apportaient quant à eux leur science de l'électricité, pour un résultat particulièrement prenant dans son caractère obsessionnel.

Commentaires

>>(contre-coup insoupçonné du référendum de mai 2005 ?)

moi aussi peut-être. et / ou contre-coup d'une affaire de corps électoral qui décidément ne passe pas. on a beau ne pas faire une maladie d'être minoritaire, certains combats perdus font mal.
j'avoue que la nuit dernière, ce n'est pas un discours politique qui m'a sortie du lit, mais bien un Irlande - France plein d'intérêt.

allez, j'écoute Nguyên Lê qu tu recommandais du temps où la politique te faisait vibrer, à la prochaine!

Ecrit par : because... | 12 février 2007

J'étais au même concert de Malher, mais au rang D si mes souvenirs sont bons (bref, t'étais juste devant, je ne t'ai pas vu du tout :p ), et effectivement, j'ai fait la même remarque à propos d'Eschenbach et ses mouvement franchement impressionnants (je trouve que ça spoile un peu, du coup, les fortes reprises, surtout qu'il souffle comme un boeuf aussi ^^).

Ecrit par : palpatine | 12 février 2007

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